Histoire de Lisbonne #9

Le plus grand faussaire du Portugal : Alves dos Reis

Lorsqu’en 1930 l’écrivain américain John Dos Passos affirmait que le seul homme qui tire profit du capitalisme est l'escroc, et il devient millionnaire en un rien de temps, pensait-il à Alves dos Reis ? Avec ce charlatan, le Portugal aura gravé dans l’histoire des arnaques financières, la plus grande duperie de tous les temps.

L’Angola, berceau de l’apprenti arnaqueur

C’est pendant les soubresauts de la monarchie portugaise que naît Artur Virgílio Alves dos Reis, au sein de la petite bourgeoisie. Le jeune homme abandonne ses études d’ingénieur à l’âge de 18 ans pour se marier avec une jeune fille de haut rang. Après la faillite de son père, la belle-famille déconsidère Alves dos Reis en raison de leurs différences sociales. Piqué au vif, il quitte Lisbonne pour l’Angola en 1916 dans l’espoir d’y faire fortune.

Sur place, son ascension est fulgurante : il devient le directeur des chemins de fer angolais. Comment expliquer une telle prouesse ? Alves dos Reis s’est tout simplement fabriqué un faux diplôme, d’une fausse école de l’université d’Oxford, la Polytechnic School of Engineering. Ses domaines de compétences ? Les sciences de l’ingénierie, la géologie, la géométrie, la physique, la métallurgie, les mathématiques pures, la paléographie, la construction mécanique, l’électrotechnique, la mécanique et la physique appliquée. Excusez du peu !

Au lendemain de la guerre, la crise économique du Portugal est reçue comme une douche froide par Artur, lui qui avait d’énormes ambitions. Il tente alors un coup de poker. Avec un chèque en bois, il devient actionnaire majoritaire de la société des chemins de fer d’Angola qui l’emploie ! L’objectif est de revendre ses actions à un prix plus fort, avant que l’argent envoyé depuis New-York n’arrive à son destinataire. Mais il est pris la main dans le sac et d’autres affaires le rattrapent : détournement de fonds, trafic d’armes… À 28 ans, son parcours dans la colonie l’a fait devenir un vrai truand. Il est rapatrié au Portugal pour y être jugé, crie au complot et sera libéré le 27 août 1924 après seulement 34 jours en prison.

Portrait d'Artur alves dos reis, plus grand escroc portugais et du monde

Errare humanum est, perseverare diabolicum

Ce long mois dans les geôles de Porto lui laissera l’opportunité d’élaborer l’escroquerie du siècle. Il avait noté qu’il y avait une faille à la Banque du Portugal, en partie privatisée et complètement laxiste sur le contrôle des billets d’escudos. Le but de la manœuvre était simple : créer un faux contrat de la Banque du Portugal auprès d’imprimeries afin d’émettre des faux billets dont la qualité serait similaire. Dès sa sortie de prison, Artur expose son plan à une bande de malfrats gentlemen qui s’entendent comme larrons en foire. Parmi les plus notables : le financier néerlandais Karel Marang van Ysselveere, l’espion diplomate allemand Adolph Hennies et enfin José Bandeira, le frère d’António Bandeira, ambassadeur du Portugal à La Haye. Ces hommes seront les rouages diplomatiques et financiers d’une arnaque bien ficelée.

À force de duperies et de documents falsifiés, la bande d’Alves dos Reis obtient une information essentielle : les billets de 500 escudos sont imprimés à Londres, chez Waterlow and Sons. Le financier Marang van Ysselveere y rencontre alors le patron William Waterlow, lui imposant « la plus grande discrétion pour cette réunion politique ». 

Marang a pour requête l’impression de nouveaux billets de 500 escudos, avec pour prétexte de prêter de l’argent à la colonie angolaise. Comme ces billets sont destinés à la colonie, Marang van Ysselveere précise enfin que les numéros de la série de billets déjà imprimés pour le Portugal peuvent être réutilisés à nouveau. 

L’Anglais dubitatif est finalement convaincu par la réception d’une lettre de confirmation et de contrats de la part de la Banque du Portugal. Documents officiels… évidemment falsifiés par notre maître-escroc Alves dos Reis. Ainsi, en février 1925, la maison Waterlow & sons commença à livrer une partie des 580 000 billets de 500 escudos, soit l’équivalent de près de la moitié de la masse monétaire du pays ! Les billets débarquèrent au Portugal par le biais des valises diplomatiques des Pays-Bas, sans aucun contrôle.

500 escudos falsifiés

Le banquier anarchiste.

Fernando Pessoa, sous le sobriquet de Bernardo Soares, l’avait imaginé en 1922. Artur Alves dos Reis l’incarne à merveille. En obtenant 25 % des gains de cette supercherie, l’aigrefin fonda pendant la même période la banque d’Angola e Metrópole, dont le siège magnifique s’était établi à rua da Conceição. Il pouvait ainsi se débarrasser de la fausse monnaie en octroyant des prêts à des taux défiant toute concurrence. Il s’acheta la palais du Menino de Ouro (l’actuel British Council) et mena une vie luxueuse trépidante. Il investit massivement en bourse, provoquant même un regain de l’économie portugaise. Pour éviter tout soupçon sur cette arnaque, il commença à racheter la Banque du Portugal, mais échoua dans sa manœuvre.

Il avait tenté de racheter le Diário de Notícias, il s’était trompé de cible...

La gloire fut de courte durée. La masse de billets en circulation commença à lever des soupçons sur la présence de fausse monnaie. Alves dos Reis était également un sujet d’intérêt pour les journalistes d’O Século. Comment se faisait-il que sa banque puisse prêter à des taux aussi bas sans qu’elle reçoive des dépôts ? Comment se faisait-il que cet homme, du jour au lendemain, soit devenu aussi riche et clinquant ?

Le pot aux roses est découvert et le 5 décembre 1925, le journal O Século dévoile l’escroquerie. Chaque banque contrôla ses dépôts en billets de 500 escudos et découvrit de nombreux numéros de série en double. Le lendemain, le capital de la banque d’Angola e Metrópole est confisqué. À l’âge de 29 ans, Alves dos Reis est arrêté sur l’Adolph Woermann, un navire allemand qui partait pour l’Angola. Ses plus grands complices comme le financier Marang ou bien l’espion Adolph Hennies réussirent à s’échapper. 

Le procès durera 5 ans car les documents falsifiés d’Alves dos Reis étaient si bien réalisés que les juges pensaient qu’il avait des complices au sein de la Banque du Portugal. Condamné à 20 ans de prison, il sortira des geôles en 1945 et repartira à l’aventure en Angola. Là-bas, il tentera une ultime escroquerie avec le commerce du café. Condamné à 4 ans de prison, il mourra d’une crise cardiaque juste avant de purger sa peine, pauvre et dans l’indifférence générale.

Cette escroquerie du siècle, ce crime presque parfait, aura des conséquences lourdes. L’escudo déstabilisé provoquera une crise économique sévère au Portugal. Cet énorme scandale jettera un discrédit sur la République et ses institutions. En 1926, cette instabilité favorise l’avènement d’une dictature militaire. En 1928, pour relancer l’économie et stabiliser la monnaie, la junte fera confiance aux thèses d’un professeur en économie. Son nom ? António de Oliveira Salazar.

les journaux portugais parlent de l'escroquerie d'Artur Alves dos Reis !

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