Histoire de Lisbonne #7

Les religieuses au 18e siècle à Lisbonne : l’habit ne fait pas la nonne

C’est au Portugal que l’Inquisition a été la plus sombre, organisant les terribles auto da fé jusqu’au XVIIIe siècle. Quand on pense à cette époque, on a en tête des moeurs bridées, le moindre écart réprimandé. La réalité est pourtant bien différente et Lisbonne nous a laissé des histoires cocasses qui ne semblent pas être dans l’air du temps. Dans la langue portugaise, être un freirático c’est être quelqu’un qui fréquente avec assiduité les couvents. Mais pendant les siècles du XVIIe et XVIIIe, un freirático, cela désignait plutôt un homme ayant des relations avec les religieuses. Des liens platoniques... voir très très sensuelles !

Sous les jupons, les fripons !

Il fut une période où les religieuses forniquaient autant qu’elles priaient. Pour les coquins qui rêvaient de se vautrer dans le stupre, les couvents étaient l’eldorado de l’érotisme. C’est dans ces lieux clos et sombres que les hommes recherchaient les plaisirs interdits. Pourquoi ? Tout simplement parce que les grandes familles portugaises mariaient avec Dieu toute fille rebelle, déflorée avant le mariage, nymphomane,…

En 1777, le baron de Cormatin écrivit : “ Le clergé, très nombreux et très puissant, y est absolument ignorant et débauché; les moines et les religieuses même y vivent dans le libertinage le plus scandaleux. […] Les Portugais adorent les statues de leurs saints et violent les saintes lois de la morale, […] ils errent sans cesse du crime à la pénitence et de la pénitence au crime. Ils tremblent au seul nom du diable et de l’enfer et se livrent à tous les excès de la débauche la plus crapuleuse”. La messe est dite.

Le 18e siecle libertin à Lisbonne comme à Paris
Le 18e siecle libertin à Lisbonne comme à Paris

“Amor que queimava os corpos através dos espiritos” Grégorio de Matos, poète et freirático

Les matines libertines.

Oh bien sûr, ce n’était pas chose aisée de savourer ce fruit défendu. Les freiráticos employaient tous les moyens pour arriver à leurs fins : ils soudoyaient les possesseurs de clefs, corrompaient les mères supérieures et celles qui résistaient étaient menacées au couteau. Les prêtres étaient des “passeurs” et la nuit les portes s’ouvraient pour les amants. Et si ce n’était pas suffisant, les plus aventureux escaladaient les murs, se travestissaient en moniale pour ne pas attirer l’attention.

Pendant ces nuitées endiablées, entre vêpres et matines, si on pouvait étouffer les gémissements par les baisers, c’était compliqué d’éviter le craquement du bois. Il devait en effet supporter le poids des péchés charnels de ces hommes adultères, qu’ils soient noble, juge, prince ou étudiant.

Etre freiratico à Lisbonne, un métier à risques !

Les errances coquines des Bernardines.

C’est dans le couvent de Saint Denis, à Odivelas, que les nonnes vont défrayer la chronique. On y dénombrait 300 soeurs, belles et séduisantes, amantes préférées des nobles de Lisbonne. Elles vivaient dans des cellules aux murs recouverts de soie, les rideaux étaient en satin. Vivant dans l’opulence totale, les soeurs menaient une vie oisive composée de lectures et de flirts. Elles aimaient fabriquer des bonbons, notamment la fameuse marmelade blanche, pour les offrir ensuite à leurs hôtes de marque.

Quelques mois avant le tremblement de terre de 1755, le cadet de marine Charles-Christian raconte son vécu : “Les parloirs des nonnes ne désemplissent pas. Elles ont un air d’indécence et un ton de coulisse tel que l’ont les comédiennes en France. Elles se mettent toutes du rouge et de la poudre comme les femmes du monde. Elles portent toutes aussi des corsets avantageux. Nous autres Français y étions fort bien reçus. Elles entrouvraient ordinairement la porte d’où on faisait avec elles de vives conversations. Pourvu qu’il n’y eût que peu de Français et qu’il n’y eût pas de curieux Portugais, elles se laissaient volontiers embrasser par eux.

Madre Paula de Odivelas, amante du roi Joao V du Portugal freiratico

Le roi Joao V, o “Freirático”

“Quando eu estive em vossa cela / Deitado na vossa cama / Chupando nas vossas tetas” Au cours de ce siècle, les poètes freiráticos se donnèrent à coeur joie de profaner le sacré mais également avec plein d’ironie, ils n’hésitaient pas à mettre dans la lumière l’hypocrisie de l’institution inquisitoriale et la vulnérabilité du monarque Joao V, grand amateur de nonnes. Le Magnanime quittait souvent Lisbonne pour séjourner dans le palais de Odivelas, à deux pas du monastère. Depuis sa résidence, il accédait au couvent via un passage secret si bien qu’il pouvait aller se con(fesser) en toute discrétion. On raconte que Joao adorait que les nonnes soient assises sur ses genoux et qu’elles lui susurrent à l’oreille des poèmes érotiques.

Vers 1720, chassant le freirático comte de Vimioso, Joao V se lie d’amour avec la soeur Paula qui deviendra par la suite avec aisance la mère supérieure du couvent. Leur relation est connue comme le loup blanc et jusqu’au bout Joao V sera son amant de toujours.

En conséquence de ses relations extra-conjugales, Joao V reconnaîtra par pure scrupule de conscience trois bâtards, connus sous le sobriquet de “meninos de Palhavã”. Antonio, Gaspard et José seront élevés dans le palais du marquis de Louriçal, actuellement l’ambassade d’Espagne. Leur destin sera de servir l’Eglise. José, fils de Joao V et de la soeur Paula, deviendra …l’inquisiteur général !

Joao V du Portugal, grand amateur de femmes et protecteur de l'inquisition
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