Boire la ginja à Lisbonne : la fabuleuse histoire de la liqueur de cerise

Histoire de lisbonne #6 Monlisbonne.com

La coutume portugaise la plus facile à adopter est sans aucun doute celle qui entraîne – aux aurores comme aux vespères – tout Lisboète digne de ce nom vers les portes de Santo Antão pour se délecter d’un verre de Ginjinha. Et si on gratte un peu, l’histoire qui se cache derrière la tradition est aussi fascinante que la tradition elle-même. 

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Origine de la Ginja

La Ginja n’est rien d’autre que la griotte. Cependant, il ne faut surtout pas la confondre avec la guigne que l’on macère en France car si la guigne est une cerise douce, la griotte laisse un goût amer au fond de la gorge. Comme souvent quand il s’agit de traditions ancestrales, la Ginja vient de loin. Elle aurait même voyagé depuis les portes de Constantinople, aux confins de l’Orient. Introduite à Rome par Lucullus, elle aurait débarqué au Portugal sous l’Empire avant que les vergers ne soient ravagés par les barbares et qu’elle disparaisse du pays. Il faudra finalement attendre la Renaissance pour que la ginja fasse son grand retour, si bien qu’au XVIIIe siècle, il est courant de trouver des ginjais* dans tout le Portugal et plus particulièrement dans la région de Lisbonne

Si la boisson connait un tel essor, elle le doit surtout à ses supposées vertus thérapeutiques. En effet, le droguiste français Jean Vigier, également physicien du roi João V, raconte dans un traité de 1718 combien les ginjas galegas sont utiles pour la santé. Selon lui, la ginja serait bénéfique pour lutter contre la fièvre, la diarrhée ou autres sautes d’humeur mais ce sont surtout ses bienfaits contre les infections pulmonaires qui lui vaudront une célébrité aussi fulgurante. L’argument de vente est simple, pour ne pas tomber malade, buvez de la Ginja. Imparable. Certains, comme les Espagnols Miguez & Cerdeira iront même plus loin en proposant directement dès 1927 dans leur boutique de la rue des Correeiros une licor peitoral de Ginja. Pourtant, l’énorme engouement pour les estaminets à ginjinha au XIXe siècle coïncide étrangement avec les épidémies de tuberculose, grand mal de ce siècle.

A Ginjinha, La liqueur de Lisbonne !

Il y a longtemps, le ratafia, mot issu du créole français, était le terme utilisé pour désigner la liqueur de fruits. Disparu du langage portugais, le ratafia de ginja devint extrêmement populaire à Lisbonne sous l’impulsion des Espagnols et en particulier des Galiciens, ces immigrés de longue date souvent comparés aux Auvergnats de Paris. Forçats du travail, ce sont eux qui tiennent les premières tascas au XIXe siècle, notamment la célèbre Tendinha do Rossio fondée en 1840. Et comme personne n’a jamais mangé sans boire, ce sont tout naturellement eux qui fondent les tout premiers bars à ginja.

A Ginjinha de Francisco Espinheira, une success-story qui ne tarit pas.

Et puisque sur tous les sujets, la tradition orale de Lisbonne nous laisse des histoires croustillantes, il n’y a pas de raison qu’il en soit différemment pour la ginja. On raconte ainsi que c’est le père de Francisco Espinheira qui aurait fondé en 1840 le premier établissement à ginja, « A Ginjinha », situé sur le Largo de Sao Domingos. Emigré de Galice, cet aïeul tiendrait sa recette d’une simplicité déconcertante d’un Franciscain de l’église de Santo Antonio. « Des cerises griottes macérées dans de l’eau de vie de Moscatel, puis mises en bouteille avant d’être exposées au soleil pendant quatre jours. À consommer l’année qui suit ! » Le père Espinheira est si fier de sa création qu’il décide de créer le premier troquet du monde où l’on servira exclusivement cette liqueur bon marché aux piliers de bars, malades imaginaires ou autres passants d’un soir à la gorge sèche. À sa mort, c’est son fils, Francisco, qui héritera du commerce et le fera passer dans une autre dimension. Une dimension telle que pour tout Portugais de l’époque : une ginja c’est chez Espinheira que ça se boit. En 1906, il lance même une grande campagne de promotion en déposant la marque « F.Espinheira 1°Fabricante ! » Une stratégie de vente volontairement offensive car c’est à cette époque qu’un adversaire de poids pointe le bout de son nez. 

A Ginjinha sem Rival, l’anti-Espinheira.

Ce nouvel adversaire s’appelle João Manuel Lourenço Cima, fondateur de la Ginjinha sem Rival. Et l’histoire de leur concurrence fait écho à une des questions les plus mythiques de Lisbonne : « Com o sem ela ? ». Encore aujourd’hui n’importe quel garçon de comptoir vous la posera en vous servant un verre de ginja en référence à la cerise, bien-sûr. Mais pas seulement. Selon toute vraisemblance, J.M.L Cima, lui aussi venu de Galice, était à l’origine un brillant employé du vénérable Espinheira fils. Tant et si bien qu’à la fin du XIXe siècle, Francisco, lui aurait fait l’honneur ultime de lui proposer la main de sa fille unique, Joaquina… « Com o sem ela ? » aurait-il demandé un soir. Eh bien ce sera sem ela pour Cima qui ne trouve pas du tout la fille de son patron à son goût. Evidemment, ce refus est vécu comme un affront suprême par Espinheira qui va voir tout ce qu’il a construit s’écrouler en même temps. En effet, juste après avoir refusé d’entrer dans la famille Espinheira, João Manuel Lourenço Cima fonde sa propre enseigne, située juste en face de celle du maitre, et parce que l’histoire de ce refus s’est répandue comme une trainée de poudre les amateurs de ginja se mettent à parler de Ginjinha sem Rival pour designer cet estaminet. La provocation de trop pour l’Ancien qui laisse aisément imaginer les batailles de noyaux de cerises qui ont pu agiter la rue durant ces années.

S’ouvre alors une guerre sans merci entre les deux Ginjinha. Entre le maitre et l’apprenti, le traître et le trahi. « Sem Rival » dit-on d’un côté, « La meilleure de toutes ! » répond-on de l’autre. Et si sur les bouteilles de Espinheira on lit « premiado com as mais altas recompensas nas exposições em que tem participado »**, Cima frappe les siennes d’une réponse cinglante « esta casa nunca concorreu a nenhuma exposição nem estrangeira »***. Le ton est donné. La Ginja Sem Rival trouve sa clientèle en piochant dans celle d’Espinheira et notamment un clown catalan qui faisait le pitre au Coliseu. Un certain Eduardino, connu pour boire un mélange de liqueurs de ginja et d’anis avant de travailler. 

Francisco Junior Espinheira

Francisco Junior Espinheira VS J.M.L Cima

Le fruit du succès étant l’innovation, J.M.L Cima se fait un nom de plus en plus respecté en créant une toute nouvelle liqueur : la fameuse liqueur Eduardino, basée sur la recette du clown. Le prestige d’Espinheira en prend un sacré coup, tout Lisbonne afflue en masse pour goûter ce breuvage. Dans les années 30, dans l’espoir de vendre ses citrons, c’est la toute jeune Amalia Rodrigues qui viendra pieds nus devant la devanture de Sem Rival. Alors que dans les années 50, une ultime tentative de la famille Espinheira tentera de concurrencer Ginjinha Sem Rival en déposant une nouvelle marque : Liquor Duartinho Espinheira. Un échec. 

Les années passent, la rivalité se dissipe, la ginja reste. Les descendants des deux familles sont toujours aux commandes, perpétuant depuis plus d’un siècle la tradition de servir aux alfacinhas, une liqueur qui réchauffe les coeurs et les esprits. Sans les noyaux de cerises qui volent d’une maison à l’autre cependant. 

* Quintas de cerisiers 

** Primée de la plus haute récompense dans tous les concours où elle a concouru 

*** Cette maison n’a jamais participé à aucun concours

Où boire une ginja, la liqueur de cerise de Lisbonne ?

Vous avez bien sûr les éternelles liqueurs A Ginjinha et Sem Rival  à Largo Sao Domingos. Sinon, allez donc faire un tour à Alfama ! Si du côté de Rossio nous avons les pénibles dealers de cannabis, du côté d’Alfama nous avons les sympathiques dealeuses de Ginja. Les grands-mères Portugaises vous servent pour une petite pièce une douce liqueur faite maison (et que je soupçonne un peu coupée à l’eau de vie ;)).  Faites-leur plaisir, c’est pour leur retraite ! Et enfin si vous souhaitez goûter la meilleure ginja du monde, faites appel à nous et le temps d’une visite sympathique, on tâchera de vous faire tester celle de Mouraria 🙂

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Lisbonne après le tremblement de terre : histoire d’un aventurier italien.

Histoire de Lisbonne #5 Monlisbonne.com

Monlisbonne.com vous fait partir sur les traces des premiers touristes à Lisbonne..Post tremblement de terre !

Le comte milanais Giuseppe Gorani est un aventurier. Issu de la noblesse désargentée, il a dès son enfance un penchant pour des “goûts dépravés, des habitudes déplorables”. Après une carrière militaire chez les Autrichiens, il termina sa vie en tant que diplomate français sous la Révolution. Parcourant les terres d’Europe, ravagées par la guerre de 7 ans, il tente sa fortune au Portugal pour servir le marquis de Pombal. Dans ses lettres, il raconte ses mésaventures de noctambule dans un Lisbonne ravagé. Cet écrit est exclusif, il témoigne ô combien Lisbonne était une cité dangereuse à cette époque.

Lorsque ce Candide italien embarque à Montijo à 6h30 du matin, le 1er novembre 1765, il a encore en tête les superlatifs qui circulent sur Lisbonne. Cette cité mythique des héros de Luis de Camoes ! Depuis qu’il a entrepris ce long périple, Giuseppe s’est évertué à apprendre le portugais et à lire à plusieurs reprises une belle édition des Lusiades : son souhait c’est de faire forte impression auprès des Portugais.

Lorsque je fus au milieu du Tage, je vis la superbe capitale du Portugal, qui se présentait à moi le long du fleuve en amphithéâtre entre le levant et le couchant

En débarquant à Terreiro do Paço, il observe une cité en reconstruction. “Il fallait que le tremblement de terre fût extrêmement affreux puisque dix ans après, à mon arrivée à Lisbonne, cette ville montrait encore tant de décombres”. Depuis la rue Augusta flambant neuve, il se dirige directement à son auberge, aidé par un jeune galicien qui transporte ses bagages. “Car les galiciens font à Lisbonne tout ce que les Savoyards font à Paris”. A deux pas du palais de l’Inquisition, le garçon l’installe dans une pension au nom étrange : As almas santas do purgatorio. Cela présage-t-il de funestes destinées ? Sa première impression est en effet légèrement faussée : la nouvelle Baixa a commencé à montrer ses plus beaux atouts. L’enfer ne lui est pas encore dévoilé…

Palais de l’inquisition (palais de l’Estaus) post-terramoto reconstruit par Carlos Mardel

Plantons le décor de cette commedia dell’arte !

Dans les années qui suivent le terramoto, Lisbonne est un chaos effrayant de palais renversés, d’églises incendiées. Dans les quartiers désoeuvrés, les rues étroites sont pavées de petites pierres pointues qui saignent les pieds. Au coucher du soleil, le peuple jette ses ordures à même la rue. Il est impossible de parcourir Lisbonne en hiver sans se souiller jusqu’aux genoux. Les litières de transport sont couvertes de cuir pour éviter les éclaboussures sur les robes des dames ! Pendant les beaux-jours, cette boue immonde s’accumule, se dessèche au Soleil. Elle devient ainsi une poussière fine, noirâtre qui au contact du vent, du passage de l’Homme et des charrettes s’envole puis entre dans les maisons couvrant à l’infini les meubles. Soit tu es maculé de fange, soit tu es couvert par la poussière. Si certains domestiques s’emploient à jeter les boues dans le fleuve, la majeure partie des Lisboètes s’en accommodent. En effet, la nuit le menu-fretin fait ses besoins dans les ruelles et le jour, derrière une arcade. Une fois l’obscurité tombée, ces immondices sont un régal pour les 80 000 chiens errants de Lisbonne. Des meutes de 40 à 50 chiens se rassemblent devant les cabarets, les tavernes et les frigideiros, ces roulottes ambulantes où on y fait frire des sardines. Si enfin les odeurs insupportables envahissent les rues et les maisons, cela reste agréable par rapport au bruit aigu et perçant des roues de charrette. Un tourment pour les oreilles ! Les charretiers refusent en effet de graisser les essieux car ils semblent convaincus que le bruit fait fuir le diable…

Au crépuscule, Lisbonne devient un nid de voleurs et d’assassins. La canaille des grands chemins afflue dans la capitale. A l’affût, les brigands se cachent dans les ruines et détroussent les noctambules. On essaiera tant bien que mal d’installer à la fin de ce siècle un éclairage public, mais très vite ce projet sera abandonné car les lampes sont constamment détruites par les bandits.

On assassine avec de longs couteaux pointus. Mobile du crime ? Une histoire de jalousie, de vengeance… Une certaine forme de fatalisme, voir de compassion s’installe chez les Portugais. “Coitadinho !” Disent-ils. Un Français de passage témoignera en 1766 : « J’ai vu à Lisbonne un domestique assassiner son camarade en plein midi au milieu de la rue, se retirer froidement avec son couteau à la main, être conduit en prison en riant et en sortir quelques mois après pour faire le métier de bourreau ».

Et le comte Giuseppe connut sa première soirée lisboète…

En ce 1er novembre 1765, l’été de la Saint-Martin bat son plein. Un silence de plomb règne sur la place de Rossio, c’est jour de grande pénitence car on célèbre les 10 ans du tremblement de terre. “Quand le soleil fut couché et que nous étions dans l’heure que l’on appelle entre chien et loup, je sortis aussi de ma tanière”. Giuseppe explore la Baixa de long en large pour commencer à prendre ses premiers repères. Alors qu’il envisage de rentrer à l’auberge, une africaine vient à lui. Un chapelet entre ses mains, elle récite des Pater et des Ave Maria. Puis elle lui propose une bonita rapariga aux charmes inouïs. Lors de son passage à Evora, il a été profondément séduit par les Portugaises, il se laisse donc aisément convaincre par cette “prêtresse de l’amour”. Giuseppe mord donc à l’hameçon, conscient de son imprudence. A cette époque, il n’est pas rare d’apprendre la mort brutale de voyageurs italiens lors de leur passage à Lisbonne; c’est sans aucun doute une nation téméraire pour les escapades nocturnes !

Oh quel libertin ! Aller ainsi à des aventures, dans une ville immense, remplie de ruines, par des rues que je ne connaissais point ! Quel nom donner à une conduite si pitoyable ?

Perdu dans les bairros de Lisbonne, notre comte se laisse entraîner par la duègne. Il parcourt 5 à 6 rues avant de monter au 3eme étage d’une maison. La fille est d’une beauté ! Après avoir soupé, elle ne tarde pas à lui demander de quitter ses habits. Six heures au lit plus tard, Giuseppe sent le sommeil le gagner lorsqu’il entend des bruits sourds derrière la porte. Pris de panique, il se lève en sursaut. Ce sont des rats ! Lui répond la rapariga. Que nenni ! Nu tel un spartiate, Giuseppe prend son pistolet dans la main droite, son épée dans la gauche. A peine la porte ait le temps de s’ouvrir, il tire sur le porteur de lanterne qui s’effondre. Bousculant les autres assaillants, il descend en flèche les escaliers pour s’engouffrer au péril de sa vie dans les rues sombres de Lisbonne.

Qu’on imagine […] dans quel état j’étais, sans bas, sans culottes, sans souliers, sans chemise, sans chapeau, l’épée nue à la main, sautant d’une rue à une autre, souvent au milieu des décombres et des ruines

Exténué, complètement ensanglanté, le comte se cache dans une masure, dévoilée par le clair de lune. Voyant les coquins passer devant lui, il quitte sa cachette pour ensuite errer de rue en rue en quête d’un refuge. Par chance, il croise un homme avec une lanterne, qui après l’avoir convaincu de sa mésaventure, l’aide à retrouver son chemin. Une fois dans sa chambre, le Portugais le soigne, le considérant comme un frère. Cette rencontre à point nommé va ainsi convaincre le comte que si des hommes sont prêts à agir avec un étranger et avec tant de bonté, les Portugais sont décidément une grande nation !

Diogo Alves, le tueur de l’aqueduc des eaux-libres

Histoire de Lisbonne #4 Monlisbonne.com

Monlisbonne.com est parti sur les traces de Diogo Alves, le plus grand serial-killer de Lisbonne. Âmes sensibles s’abstenir !

Il est 14h15, nous sommes le 19 février 1841. A Cais do Tojo, la foule est au rendez-vous pour observer le dernier soupir de la bête féroce. Quelques sanglots surgissent du silence pesant. Les Lisboètes sont venus pour conjurer le mal qui a hanté les ruelles de la ville depuis 5 ans. Ce mal, c’est Diogo Alves, le plus grand tueur en série que le Portugal ait connu. Après l’avoir essaimé aux quatre coins de Lisbonne, O Pancada a rendez-vous avec la mort en cette fraîche journée d’hiver. La corde au cou, son regard froid perce l’horizon. Que pense-t-il à ce moment là ? Diogo danse au bout de sa corde, c’est pendant ces longues minutes que la vie va défiler devant ses yeux.

Tête de Diogo Alves, tueur en serie Lisbonne

Après l’exécution, le docteur Lourenço Gomes, adepte de phrénologie, conserva la tête de Diogo Alves. Il souhaitait étudier le crâne du meurtrier et y trouver une corrélation entre la forme physique et son comportement. Conservée au formol, cette tête est toujours visible à la faculté de médecine de Lisbonne.

De Espanha, nem bom vento, nem bom casamento

Diogo Alves. Gravure de 1840.

Diogo Alves. Gravure de 1840.

Nous sommes en 1810. C’est au coeur de la Galice, dans la paroisse de Sainte Gertrudes de Samos, que naît Diogo Alves. Ses parents, Anselmo et Rosa, sont des paysans laborieux et honorables. Pendant cette époque ravagée par les guerres impériales, beaucoup de Galiciens font le choix d’émigrer au Portugal. A l’âge de 13 ans, Diogo traverse la frontière espagnole attiré par les phares d’une Lisbonne en pleine ébullition. Travaillant d’abord comme garçon de chambre, il devient ensuite cocher au service de grandes familles aristocrates tels que le comte de Belmonte, de Castro e Cunha. Le Portugal voit apparaître pendant cette période la tempête de la guerre civile. Ces nuages sombres vont teinter l’esprit de Diogo. Il faut admettre que Lisbonne n’a jamais été tendre envers lui. Il lui répond de la même manière, se prêtant au jeu d’argent et au vice. Pour avoir ainsi une vie confortable et sans effort, Diogo va devenir un jeune homme méchant, antisocial et agressif. L’un de ses derniers employeurs, le docteur Joao Thomas de Carvalho, le licencie pour ses instincts féroces… qui ne le quitteront pas jusqu’à l’échafaud.

Le diable s’habille en tasqueira

A l’âge adulte, Diogo a gagné le sobriquet de Pancada car il est complètement analphabète et un brin simplet. Sa vie va complètement basculer lorsqu’il commence à devenir l’amant de Gertrudes Maria, originaire de Mafra. Surnommée Parreirinha, Gertrudes est tenancière d’une taverne à Palhavã. Le dimanche, les malfrats s’y donnent rendez-vous, faisant couler à flot le vin de Tejo. Ivre, la Parreirinha est d’une perversité extrême, n’hésitant pas à forniquer devant ses enfants. On la dit sauvage, sadique et manipulatrice. Gertrudes Maria couvre Diogo des vices les plus malsains. Elle exerce un énorme pouvoir sur son esprit, n’ayant aucune difficulté à convaincre Diogo de devenir un criminel. Car tout comme son nouvel amour, la Parreirinha adore le moindre effort, le larcin étant la solution la plus aisée pour devenir riche. Sur les indications de Gertrudes, Diogo commence à attaquer les marchands de la capitale. Mais ces vols sporadiques ne suffisant plus à la Bonnie portugaise, Diogo doit assouvir cette soif de richesse de n’importe quelle manière. Pancada est ainsi près à faire souffrir pour être aimé.

Un repère bien connu de Diogo Alves et ses acolytes

Gertrudes aurait tenu la taverne dans l’actuel quartier de São Domingos de Benfica au 25, estrada de Benfica. Serait-ce dans l’actuelle Adega de Sao Domingos ?

L’assassin de l’aqueduc des Eaux-Libres

A partir de 1836, la quiétude de la quinta da Rabicha s’effondre sous le poids des victimes de Diogo Alves. De simple voleur, il devient un célèbre criminel honni par la presse écrite, craint par le peuple. Ses tragédies mises en scène comme une pièce de théâtre, Diogo sera à jamais lié à l’aqueduc des Eaux-Libres. L’aqueduc pendant la première moitié du XIXe siècle sert de viaduc pour bon nombre de fermiers, de notables et d’étudiants en provenance de Benfica. Son passage permet en effet de rejoindre facilement la capitale tout en évitant la vallée d’Alcantara. Le soir, les bonnes gens reviennent de leur journée de labeur les bourses bien remplies. Entre en scène Diogo Alves. Muni d’une paire de clefs falsifiées [le mystère reste encore entier sur comment il a pu l’obtenir], il se cache dans la galerie de l’aqueduc, à l’affût d’une proie. Après avoir volé les biens de la victime, il l’entraîne au point le plus haut et la jette dans le vide, simulant un suicide. Pour continuer à satisfaire les exigences de plus en plus dévorantes de Gertrudes, Diogo va même créer un gang. Parmi ces bandits, on retrouve Manuel Joaquim da Silva dit Beiço Rachado, José Claudio Coelho dit Pé de Dança, João das Pedras dit Enterrador et enfin José Maria Lopes dit Apalpador. En juin 1837, on dénombre 76 morts. Les autorités mettent ça sur le compte d’une série infortunée de suicides (les temps sont durs). Mais cette accumulation de morts terrorise la population, les rumeurs les plus folles passent de tasca en tasca. Pour calmer les esprits, la Police décide dès lors de fermer le passage de l’aqueduc…

Construit à partir de 1732 sous le règne de Jean V, l’aqueduc des eaux-libres est le plus grand ouvrage du génie-civil Portugais. Avec ses arches majestueuses, il domine la vallée d’Alcantara. Au pied de la plus haute arche, culminant à 65 mètres de hauteur, la quinta da Rabicha est un lieu de paix. Henry l’Eveque met en scène dans une gravure de 1809 la paisible vie champêtre de la quinta. Des familles portugaises y pique-niquent et dansent au son de la guitare portugaise.

O país era dos malfeitores e a cidade um covil de assassinos e ladrões Alberto Câmara e Santos Junior

Ne pouvant plus sévir depuis les hauteurs de l’aqueduc, Diogo et ses hommes quittent le quartier de Palhavã pour une autre planque. Les brigands décident de cambrioler les maisons des notables, étranglant les potentiels témoins. Les pilleurs iront même saccager les chapelles chargées en or brésilien ! Le motus operandi est toujours le même. On s’appuie sur des complices (un gardien, un garçon de chambre). Le butin d’or et d’argent est vendu chez un grossiste Antonio Martins, dit Antonio do Celeiro, situé sur Praça da Alegria. En face, au coin de la rue das Pretas, se trouve O Vigia, la taverne de José Gordo où la pire des crapules se retrouve pour écouter du fado ou préparer un coup. On y rencontre régulièrement le gang de Pancada avec ce même Antonio Martins, un ami de Diogo.

L’acte final : le massacre de la famille du Dr Andrade

Le Dr Pedro de Andrade est un médecin très respecté à Lisbonne. Toute la bourgeoisie du Chiado vient se faire traiter directement à son domicile. Après des années de travail, il accumule une fortune qu’il garde avec précaution dans ses coffres-forts. Dr Andrade vit avec une veuve, Maria da Conceição Correia Mourão. Cette noble dame a 2 filles de 19 et 17 ans, Emilia et Vicencia, et un fils de 25 ans dans la Marine qui se nomme José Elias.

Manuel Alves est un lâche garçon de chambre qui n’a pas la confiance de son patron, le Dr Andrade. Quand il n’est pas chez le docteur, ce misérable couard passe son temps libre dans le magasin de son cousin Antonio Martins, le complice de Pancada. En septembre 1839, Manuel lui décrit en détail la fortune de Mr Andrade. Antonio y voit là une bonne affaire pour Diogo et sa bande ! Le soir-même, dans une maison du côté de Largo de Andaluz, la bande établit un plan d’attaque : le gang ira se cacher dans la chambre de Manuel qui se trouve dans les escaliers et une fois la famille assise pour souper, ils grimperont au 2e étage pour les dépouiller. Le 26 au soir, après une brève réunion chez Joaquina dos Melões une tavernière à calçada do Duque, le gang passe à l’action. Pendant que Pé de Dança fait le guet en bas de la rue, la horde sauvage surgit dans la salle de séjour avec toute la férocité qui les caractérise. Le jeune marin José Elias résiste à l’assaut dans un élan de désespoir le temps que ses soeurs se réfugient au 3e étage. Après avoir reçu des coups de fourchette dans la jambe, José Elias titube. Diogo, à coups de crosse de pistolet, réduit en miettes son crâne. La jeune Emilia tente d’appeler au secours depuis une fenêtre, mais en vain Enterrador est déjà là pour l’étouffer avec un bâillon dans la bouche, le genou dans l’estomac. Vicencia connaît le même sort par Diogo Alves. La veuve Maria, étouffée par Beiço Rachado, donne encore des signes de vie. Diogo s’acharne sur elle jusqu’au dernier râle. Puis à coups de crosse, il s’assure que tout le monde est bel et bien trépassé…

La demeure du Dr Andrade se situe au 16, rua das Flores. Le 3e étage est actuellement en réparation. Les futurs résidents/touristes auront la chance de dormir dans la chambre où les jeunes Emilia et Vicencia ont été sauvagement massacrées…

La chute du gang de Pancada

Effrayé par la tournure de l’événement, Manuel Alves se réfugie chez son cousin. Tout Lisbonne en parle ! Seul rescapé, le Dr Andrade était parti la veille à Carcavelos pour une journée de repos. Il accuse d’emblée Manuel Alves ! La police est à ses trousses. Paniqué, pris de remords, prêt à craquer, Manuel accepte la proposition d’Antonio Martins de s’exiler en Espagne après avoir récupéré la part qui lui revient. Enterrador vient le chercher le soir même et le conduit dans leur nouvelle planque à Arroios. La Parreirinha et Diogo les accueillent avec réjouissance dans une maison confortable grassement achetée au comte de Mesquitela. Un festin les attend et l’alcool coule à flot. Complètement saoul, Manuel Alves se couche sur un lit et n’a pas le temps de dormir que déjà les mains herculéennes de Diogo lui broient le cou, ne lui laissant aucune chance. Enterrador l’enterre aussitôt dans le jardin de la maison. L’histoire ne dit pas si le cadavre a été récupéré, mais ainsi se termine la vie du pitoyable Judas de la famille Andrade.

Voici l’antique rua de Arroios avec en premier plan la brasserie Cerveja Leão (anciennement palácio do Conde de São Miguel). En second plan, la fabrique de laine de Arroios (anciennement le palais de Mesquitela).

L’antique Rua de Arroios est devenue aujourd’hui Rua Antonio Pedro. Par rapport aux images d’archives, on peut estimer que la planque de Diogo Alves était située entre le numéro 17 et le numéro 25. Si jamais vous avez un jardin dans cette rue, n’essayez pas de creuser !

Les enquêteurs arrivent très vite sur la piste d’Antonio Martins, le cousin de Manuel Alves. Niant tout en bloc, Antonio est étroitement surveillé. Pendant le mois d’octobre 1839, João das Pedras dit Enterrador se fait arrêter après un cambriolage raté à Costa do Castelo. Panique chez les brigands ! Enfermé dans la prison de Limoeiro (Alfama), João das Pedras fait passer un message à Antonio Martins lui demandant de l’argent pour acheter du tabac. Antonio lui enjoint de l’argent avec une carte comportant ce message : “Prudence maximale pour toutes les questions posées, le diable ne doit rien découvrir”. Le jeune porteur du message se fait malheureusement surprendre par un gardien qui avertit aussitôt le juge. Après un interrogatoire fort musclé, Enterrador finit par tout avouer. C’est la fin pour Pancada et ses compères de malheur. Diogo, Antonio Martins, Pé de dança se retrouvent à la prison de Limoeiro avec Enterrador, j’imagine les retrouvailles chaleureuses ! Le jugement est rendu le 13 juillet 1840, dans l’ancien couvent des Paulistas (calçada do combro). De la bande, seuls Pé de dança, Apalpador et la Parreirinha échappent à la pendaison. Le premier part au bagne en Angola, la dernière au Mozambique.

Capture d’écran du film muet Os Crimes de Diogo Alves (1911). Pendant le meurtre de Manuel Alves, Maria la jeune fille de Gertrudes dormait juste à côté. La Parreirinha, la soupçonnant d’avoir tout vu et tout entendu, ordonne à Diogo de la tuer. Pancada refuse, pensant qu’elle était dans un sommeil profond. Cette rare lueur d’humanité de Diogo Alves le poussera à sa perte, la jeune Maria témoignant par la suite contre lui et sa mère. Pendant le jugement, Gertrudes s’exclamera “Quelle peine, monsieur le juge, de ne pas avoir tué ce monstre !”

Le 20 juin 2019, c’est la procession de Corpus Christi

Histoire de Lisbonne #3 Monlisbonne.com

Le jeudi qui suit la Pentecôte, 60 jours après Pâques, Lisbonne célèbre Corpus Christi, la Fête-Dieu en Français.

Instituée par le pape Français Urbain IV en 1264, la Solenidade do Santíssimo Corpo e Sangue de Cristo (Solennité du Saint-Sacrement du Sang et du Corps du Christ) ou Corpus Christi est un jour férié au Portugal. C’est la plus grande procession de la ville et sans doute ce fut la plus grandiose dans les temps anciensA Lisbonne, les fêtes catholiques sont célébrées avec ferveur mais cela va bien au delà de l’aspect religieux. Elles s’inscrivent dans les traditions séculaires des Lisboètes et sont étroitement liées à l’histoire de la ville. La procession de la Fête-Dieu connaît un fort engouement au XVe siècle et très vite c’était l’occasion pour les classes aisées, les différentes corporations, d’étaler leurs richesses et leur prestige. Ce fut une célébration ostentatoire.

Procession de Corpus Christi à Rossio (oeuvre de Jaime Martins Barata).


Procession de Corpus Christi au XVe siècle à Rossio (oeuvre de Jaime Martins Barata).

Une procession catholique, teintée de paganisme.

Au temps de Joao 1er, une place de choix était réservée à St Georges, jadis St Patron du Portugal. La victoire sur les Castillans était encore vive dans les esprits Portugais. Un «  Saint Guerrier » en armure était ainsi porté sur un cheval blanc. On l’appelait l’Homme de fer. Du fait de leur soutien sans faille au Roi, les corporations et le peuple de Lisbonne étaient mis en avant. Les guildes, partant étendards déployés depuis la Maison des 24, s’avançaient sur des chars richement décorés : un château, un dragon pour le char des cordonniers, un bateau pour les calfateurs. Certaines processions dévoilaient des diables, des sorcières, des bouffons…

Corpus Christi : Joao 1er sous le pallium (oeuvre de Jaime Martins Barata).

Corpus Christi : Joao 1er sous le pallium (oeuvre de Jaime Martins Barata).

Puis enfin arrivaient les confréries religieuses, portées par les cantiques de St Thomas d’Aquin. A coup de clairons, la musique était conduite entre autres par des Africains, qu’on appelait à l’époque les noirs de St Georges : Cibávit eos ex ádipe fruménti, allelúia : et de petra, melle saturávit eos, allelúia, allelúia, allelúia. Ps. Exsultáte Deo, adiutóri nostro : iubiláte Deo Iacob.Glória Patri… Cibávit eos… Le diplomate José da Cunha Brochado résume les festivités de Corpus Christi en ces termes : « Pour voir Lisbonne en une seule fois, j’ai regardé la procession de la Fête-Dieu ». Corpus Christi était une célébration ruineuse en son temps. En plus des coûts pour les chars et les costumes, les rues étaient richement décorées par la ville. On déposait des fleurs sur le sol et on couvrait la rue d’auvents. Les balcons étaient recouverts de tapisseries ornées d’or, d’étendards en soie.

O preto de Sao Jorge.

O preto de Sao Jorge.

Une procession au service du Roi.

Le 18e siècle à Lisbonne est marqué par l’avènement du règne de Joao V et du Baroque. Le roi absolu souhaite faire de la Fête-Dieu, une cérémonie de propagande pour son plus grand prestige. Il réorganise entièrement la procession, elle devient hiérarchisée, rigide, bien loin des Corpus Christi chaotiques des siècles passés. Les symboles païens sont proscrits, ainsi que les Africains et les femmes. Au temps de Joao V, Corpus Christi est solennel et somptueux. Le 12 mai 1717, le sécrétaire d’Etat Diogo de Mendonça Côrte-Real écrit au conseil municipal de Lisbonne : « […] la procession ne doit pas avoir de génisses, de géants, de serpents, de dragons, de tapis d’herbe, de chars ou toute autre chose similaire qui représente une corporation. Pas de dances, ni de présence de maures qui accompagnent St- Georges. Le pallium ne doit pas être en laine, on doit utiliser un tissu plus riche ». Ainsi, en remodelant Corpus-Christi, le Roi Joao V nous dévoile sa propre vision sur l’organisation de son pouvoir, celle d’un Etat s’appuyant sur l’Eglise toute puissante et sur sa Majesté.

Procession de Corpus Christi au temps de Joao V. 1587 santons réalisés par l’illustre Diamantino Tojal.

Procession de Corpus Christi au temps de Joao V. 1587 santons réalisés par l’illustre Diamantino Tojal.

Corpus Christi, aujourd’hui.

Si le grandiose n’est plus à l’ordre du jour à Lisbonne, Corpus Christi reste une fête religieuse très célébrée où les règles anciennes sont toujours respectées. Pour beaucoup de pays d’Europe, dont la France, cette vieille tradition a (presque) disparu. Reste aujourd’hui pour les plus curieux cette possibilité d’assister à la procession séculaire de Lisbonne le jeudi 20 juin 2019. Vous trouverez ci-dessous l’affiche officielle : Mots clés ayant permis de trouver cet article :

  • Corpus Christi Lisbonne
  • Pélerinage Fatima
  • Visite religieuse Lisbonne
  • Fêtes religieuses Lisbonne
  • Fête-Dieu Lisbonne

Les bières artisanales à Lisbonne

L’Histoire des Bières artisanales à Lisbonne.

Avant de parler des bières artisanales à Lisbonne, une présentation succincte des reines de la capitale s’impose.

La bière au Portugal, une affaire d’Etat !

Super Bock, partenaire du lien social portugais

Il n’y a pas d’heure pour savourer une Super Bock entre amis

En débarquant à Lisbonne, on voit très vite un antagonisme flagrant. La rivalité intrinsèque entre deux marques de bière, la Sagres (surnommée la bière de Lisbonne car brassée à proximité) et bien sûr la Super Bock (crée à Porto). Au firmament de la compétition entre ces deux « capitales », une guerre commerciale s’opère dans les bars et les tascas de Lisbonne, même Heineken a du mal à s’imposer (je le  comprends, les bières portugaises ont une saveur supérieure et donc c’est pour cette raison qu’Heineken et Carlsberg ont racheté respectivement Sagres et Superbock).

Si vous quittez l’aéroport en prenant le métro, vous ne pouvez manquer l’énorme publicité de Sagres qui occupe tout le fronton d’un tunnel : « How do you say i want a beer in portuguese? – Uma Sagres por favor. » Le ton est donné. En témoigne cette concurrence, les deux principaux sponsors des clubs rivaux Sporting et Benfica…Mais vous vous dites sans doute que sur le plan de la saveur, Sagres et Super Bock, c’est le même combat, ça reste de la bière en pression..

Les micro-brasseries révolutionnent notre perception de la bière !

Cervejaria Trindade, la plus ancienne brasserie du Portugal.

Cervejaria Trindade, la plus ancienne brasserie du Portugal.

Cette lassitude de bière lager commence à se faire sentir dans les modes de consommation en Europe et aux Etats-Unis, dont le secteur est dominé par de grands groupes industriels.

Dans les années 80, des micro-brasseries se développent un peu partout et notamment au Royaume-Uni d’où le terme provient. Suivant la tradition brassicole de Belgique, des bières artisanales naissent, avec des recettes originales, osées et liées au terroir (ex : Brouwerij’t ij, Curtius, Bières de Ré). Des bières identitaires privilégiant des fermentations jadis délaissées ou inconnues du grand public (IPA notamment). Si les micro-brasseries sont apparues très vite dans les capitales européennes comme à Amsterdam, Lisbonne ne connaît sa révolution « houblonesque » que depuis 2015. Une apparition liée à un contexte favorable de reprise économique et de boom touristique.

C’est un retour aux sources inédit car les micro-brasseries existaient au siècle passé, en témoignent ces restaurants appelés “cervejarias” et qui furent de vraies brasseries en leur temps avant que leurs bières soient supplantées par Sagres et Superbock.

L’apparition des micro-brasseries à Lisbonne.

Fin 2013, les premiers pionniers à Lisbonne s’appellent Dois Corvos, en français “Deux Corbeaux” (nom symbolique typiquement lisboète qui s’inscrit dans la logique de bière locale). Avant d’être des entrepreneurs, les fondateurs Susana Cascais et Scott Stevens sont avant tout des passionnés de la bière. Bière de saison, triple fermentation, Ale, Stout, bière expérimentale, les bières Dois Corvos sont avant tout des créations originales. Basée dans le quartier -longtemps déshérité- de Marvila, la brasserie ouvre fin 2015 la première “tap room” du Portugal proposant une variété de 12 bières en pression (dont les célèbres Finisterra, Into the woods,…). Adresse : R. Cap. Leitão 94, 1950 Lisboa.

Cette nouvelle aventure va inspirer de nombreux artisans brasseurs en herbe ! Année après année, ils gagnent en expérience et les bières en saveur. Parmi ces microbrasseries, nous pouvons citer :

  • LX Beer (2014) : cette microbrasserie a l’ambition d´être LA bière artisanale de Lisbonne au même titre que pourrait l´être Brouwerij’t IJ pour Amsterdam. A déguster dans le quartier d’Arroios ! Adresse : n5, R. Funchal, 1000-154 Lisboa.
  • 8a Colina (2015) : brassée sur la colline de Graça, au coeur des vilas ouvrières, la brasserie met en scène sur ses bouteilles stylisées par l’artiste Gonçalo Mar des personnages atypiques (tout comme leurs bières !) qui ont fait la vie du quartier. Adresse : Tv. Pereira 16A, 1170-387 Lisboa. Pour la goûter : Kiosque de Largo da Graça, en face du restaurant « O Satellite » (ouvert seulement par beau temps).
  • Cerveja Musa (2016) : Voisine de la brasserie “Dois Corvos”, la brasserie Musa ne va pas par quatre chemins pour définir sa philosophie : révolutionner le monde de la bière ! Avec des collaborations avec d’autres microbrasseries comme Letra (PT), Musa sort régulièrement de nouvelles bières. Leurs succulents nectars peuvent être goûtés presque dans le tout pays et nous vous invitons à les déguster dans leur tap room de Marvila. Le week-end, il y a des concerts live et des sets de dj. Que demande le peuple ? Adresse : Rua do Açúcar 83, 1950-006 Lisboa.

    Tap Room de Musa. Les noms des bières sont comme leurs saveurs : uniques !

    Tap Room de Musa. Les noms de leurs bières artisanales sont comme leurs saveurs : uniques !

  • Cerveja Lince (2016) : c’est l’histoire de 2 amis/collègues de chez Vodafone qui se passionnent à brasser leurs propres bières dans un garage jusqu’à ce qu’ils se lancent dans la production professionnelle, aidés par un troisième compère qui leur propose de baptiser leur bière Lince, c’est à dire Lynx. Sensibilisée par l’extinction du lynx ibérique, la microbrasserie Lince, basée également à Marvila, est partenaire d’un programme de préservation de la LPN. Ainsi en dégustant une bière Lince, vous contribuerez à sa protection. Adresse : rua do Açúcar 76, 1950-001 Lisboa.

    António Carriço et Pedro Vieira, très fiers de leurs bébés « Lince »

  • Quimera Brewpub (2016) : brasserie atypique située dans un ancien tunnel menant au palacio das Necessidades et qui servait de passage pour les chevaux au 18e siècle. Aujourd´hui vous pouvez déguster des bières brassées sur place mais également aux alentours. Adresse : rua Prior do Crato 6, Lisboa, 1350-261 Lisboa.
  • A.M.O (2017) : cette microbrasserie se veut communautaire et son développement se base sur le partage d’idées, d’histoires et de compétences pour pouvoir produire une bière d’exception et à son image. Chaque vendredi soir, les amoureux de la bière se rencontrent dans la brasserie qui se transforme en social club. L’occasion de goûter à des bières traditionnelles, à de succulentes tapas et surtout de passer un superbe moment. Adresse : Rua Bernardim Ribeiro 53, Lisboa

    Margaret Orlowski, l’alchimiste des bières AMO

    Margaret Orlowski, l’alchimiste des bières Artisanales AMO

  • Carapau D’Corrida (2017) : bière brassée avec la collaboration de Pato Brewing et Cerveja Oeste. Vous pouvez la goûter dans le restaurant qui porte le même nom, du côté du parlement.
  • Gallas Beer (2018) : la dernière microbrasserie. Plus d’informations ultérieurement.

Lisbonne n’ayant pas le monopole des microbrasseries, vous pourrez découvrir et déguster à travers le pays :

Dans la région de Lisbonne : Pato Brewing à Cascais, Cerveja Trevo à Costa da Caparica (plage et bière, parfaite combinaison !), Mean Sardine à Ericeira, Cerveja Bolina à Azambuja, Piratas Cervejeiros à Amadora, Cerveja Oeste à Sobral de Monte Agraço. Ailleurs : Cerveja Barona dans le parc naturel Serra de Sao Mamede, Letra dans la région du Minho.

Vous avez découvert une bière artisanale brassée au Portugal et elle n’est pas dans cette liste ? Faites-le nous savoir 🙂

Cerveja Oeste, une bière étonnante brassée par Pedro Poejo

Cerveja Oeste, une bière étonnante brassée par Pedro Poejo

 Où est-ce que l’on peut goûter à une bière artisanale de Lisbonne dans le centre-ville ?

La plupart des cafés réputés de Lisbonne ont à l’heure actuelle une sélection de quelques bières artisanales Lisboètes. Cependant certains établissements se sont spécialisés dans la promotion des bières d’export. Parmi eux, nous retrouvons :

  • Cinéma monumental de Saldanha, Edifício Monumental, Av. Praia da Vitória, 72
  • Trobadores, Rua de São Julião, nº27, 1100-524 Lisboa
  • Cerveteca, Praça das Flores 62, 1200-192 Lisboa
  • Lisbeer, Beco do Arco Escuro 1, 1100-016 Lisboa
  • Duque, Calçada do Duque 51, 1200-156 Lisboa
  • Crafty Corner, Tv. Corpo Santo 15, 1200-091 Lisboa
Crafty Corner, le dernier bar à bières de Lisbonne sur Cais do Sodre

Crafty Corner, le dernier bar à bières artisanales à Lisbonne sur Cais do Sodre. On y diffuse les matchs de rugby et de foot bien sûr !

Les différents formats des bières portugaises :

Une pinte au Portugal est appelée « Caneca »

Une pinte au Portugal est appelée « Caneca »

Mini : petite bouteille de 20cl produite par Sagres et Super Bock. Ne devrait pas vous coûter plus d’1 € normalement. La mini est très appréciée par les ouvriers portugais lorsqu’ils cherchent à se désaltérer pendant le boulot.

Imperial : bière de pression de 20cl-30cl, toute marque confondue. Dans le nord, on utilisera le terme de fino. Pour une bière en bouteille, demandez une garrafa. Une imperial ne devrait pas vous coûter plus de 1,50 € dans les bars classiques et jusqu’à 50 centimes dans les tascas.

Caneca : bière de pression de 40cl/50cl, soit une pinte. Pendant les beaux jours, à moins que vous soyez un grand buveur, nous ne vous conseillons pas de prendre la bière en pinte car elle va chauffer très vite. Une caneca ne devrait pas vous coûter plus de 3 € dans les bars classiques.

Cet article vous a plu ? Venez découvrir les bières artisanales de Lisbonne en ma compagnie.

Mots clés :

  • Craft beer Lisbonne
  • Bières artisanales à Lisbonne
  • Superbock Lisbonne
  • Sagres Lisbonne
  • Microbrasserie Lisbonne
  • Bières Portugaises
  • Cervejaria Lisbonne

Carnaval à Lisbonne

Le carnaval à Lisbonne, un bal masqué au rythme de la samba.

Le 05 mars 2019, on fête le carnaval au Portugal. Et cela tombe bien, les plus grandes festivités sont à Lisbonne !

L’origine du carnaval, tradition portugaise qui remonte à l’antiquité.

Parade au carnaval de Loures. © carnaval de Loures

Parade au carnaval de Loures. © carnaval de Loures

Carnaval, ce sont les fêtes de réjouissance, jadis on y mangeait gras avant de manger « maigre » pendant 40 jours. Cela précède la période de carême (la quarantaine). Dans les anciens temps, les Hommes considéraient que la nouvelle année commençait en mars et non en janvier. C’était le renouveau, le réveil de la Nature. Au Portugal, on appelait cette fête « Entrudo »(du latin introitu, entrer dans), c’est à dire les prémices avant le Carême. Les croyances depuis la nuit des temps estimaient que le chaos devait précéder le nouvel an. On comprend mieux dès lors la folie des festivités, le port de masques qui créent la confusion, l’affranchissement de toute règle sociale, la négation du quotidien, ses contraintes et ses soucis.

De la samba à Sesimbra. © Ruiolavo-fotos.

De la samba à Sesimbra. © Ruiolavo-fotos.

Le désordre dans une société ordonnée. C’est ça le carnaval au Portugal. Officiellement, le 13 février n’est pas férié, mais toléré tel quel ! Et cela depuis les premiers rois du Portugal. Malgré les difficultés économiques, l’Etat portugais continue chaque année à tolérer un jour chômé (et quand bien diable le gouvernement serait contre, la population n’en a cure).

Où peut-on fêter le carnaval à Lisbonne ou dans ses alentours ?

Le roi du carnaval face à son peuple ! © carnaval de Torres vedras.

Le roi du carnaval face à son peuple ! © carnaval de Torres vedras.

Les festivités à Lisbonne : si les grandes parades sont en dehors de Lisbonne, des collectifs organisent des festivités le soir du 04 mars.  Cliquez ici pour connaître les principaux évènements sur Lisbonne.

Les principaux carnavals du Portugal et autour de Lisbonne :

Torres Vedras (01/03 – 06/03) : autoproclamé le « plus portugais des carnavals », le carnaval de Torres Vedras a su garder son identité locale alors que beaucoup d’autres sont de plus en plus influencés par la culture brésilienne. Ici, on retrouve des bouffons, des chars grandioses et les matrafonas, ces hommes déguisés en femme. Bref un vrai carnaval qui dépasse les barrières sociales.

Loures (02/03 – 06/03) : Crée en 1934, Loures est devenu en quelques décennies l’un des plus grands festivals du Portugal. 150 000 personnes sont encore attendues cette année. 1200 figurants et 15 chars promettent un défilé coloré et joyeux.

Sesimbra (19/02 – 09/03) : c’est celui qui se rapproche le plus de son lointain cousin, celui de Rio de Janeiro, avec ses nombreuses écoles de samba qui défilent dans la rue.

Pour être au courant sur les toutes festivités, consultez ici notre page facebook. Dans la rubrique évènements, nous avons répertorié les principaux carnavals de la région de Lisbonne.

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  • Carnaval à Lisbonne
  • Carnaval Torres Vedras
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  • Bal masqué Lisbonne
  • Sorties en février Lisbonne

Le 1er décembre, Restauração da Independência (Fête de la Restauration)

Une autre vision de Lisbonne…

Histoire de Lisbonne #2 Monlisbonne.com

Le 1er décembre 1640, Lisbonne fête la restauration de son indépendance.

En cette soirée d’automne, il navigue au clair de lune pour ne pas se faire repérer par la vigile espagnole. Passant par une porte dérobée, Afonso de Menezes descend les escaliers de la muraille fernandine pour atterrir dans le jardin du fidalgo Dom Antao de Almada. On y trouve un jardin fermé, parsemé d’orangers mûrs et dominé par deux grandes cheminées monumentales. Les torches sont allumées dans les allées, faisant virevolter les ombres des chats et des hommes agités. Ces nobles déchus se pressent dans la masure au fond de la cour. Il est temps de conclure 60 ans d’humiliation !

Ils sont 40 à s’interpeller les uns les autres, attisant les ardeurs et la motivation de chacun. Leur entreprise est à haut risque, c’est quitte ou double. Délaissés par une Angleterre en ébullition, ils ont reçu le soutien discret de Richelieu. Afonso prend la parole :

“ Depuis 60 ans, notre empire sacré a disparu, notre destinée s’est dissipée dans les eaux britanniques. Les Habsbourgs veulent détruire ce qui reste le plus important dans nos chairs et nos coeurs : être Portugais. Notre Lisbonne n’est plus qu’une ville de province castillane, où sont passées les promesses du roi Filipe 1er ? Nous avons perdu la moitié de notre royaume, nous avons versé notre sang pour l’occupant. Et aujourd’hui, ils veulent que nous allions combattre nos frères catalans ? Assez ! Assez ! ”

Les jardins du palais de Sao Domingos, l’actuel palais de l’Indépendance

Et les conjurés sortent du palais pour fomenter un coup d’état.

Le 1er décembre 1640, au petit matin, ces hommes en colère devenus frères d’armes, quittent le palais de Sao Domingos par la grande porte. Une douce lueur venant du castelo Sao Jorge berce les convictions, l’odeur de châtaigne grillée aiguise l’appétit de vengeance. Ils s’avancent dans les rues de Baixa, emportés par la foule que les jésuites d’Antonio Vieira exaltent à coup de Te deum. Ces lisboètes restent fidèles une nouvelle fois à leur vieille réputation héritée depuis Néron, celle d’un peuple très noble et très loyal. C’est un jour béni.

Depuis l’esplanade du Palais, les 40 conjurés se ruent dans les appartements royaux où jadis le grand Manuel observait son empire depuis le balcon. Ils attrapent la vice-reine Marguerite de Mantoue tout en cherchant le traître Miguel de Vasconcelos qui s’était soumis à Madrid. On le trouve planqué dans une armoire et pris d’une rage folle, on le tue sur le champ sans aucune autre forme de procès. Son corps est jeté par le balcon, puis piétiné par une foule plus que enthousiaste.

Les conjurés fêtant leur victoire après le décès de Miguel de Vasconcelos.

Lisbonne renoue ses liens avec la grande Histoire mais l’empire est révolu.

On acclame les conjurés ! Un nouveau souffle d’espoir envahit les rues de Lisbonne, la cité reprend ses titres et ses lettres de noblesse. L’évêque Rodrigo da Cunha organise une grande cérémonie dans la Sé pour rendre grâce à Dieu. Le 5e empire renaît de ses cendres ! Si on évoque un temps l’avènement d’une République, Sébastien s’est réveillé de son long sommeil. Annoncé par tous comme étant le digne hériter des Avis, le nouveau maître du royaume arrive le 6 décembre et est joyeusement honoré par la foule. Il s’appelle Jean et il est duc de Bragance. Il accepte la lourde charge qui lui est dûe, les poètes vont dès lors narrer une nouvelle page de l’Histoire du Portugal.

Jean IV est proclamé roi du Portugal sur l’esplanade du palais, l’actuelle place du Commerce.

Les clameurs du peuple retentissent bien au delà du Tage. Ce qui reste de l’empire portugais revient à Jean IV. Seules les cités portugaises du Maroc restent fidèles à la couronne d’Espagne. Si les bonnes nouvelles se sont accumulées en ce mois de décembre 1640, le Portugal a pourtant perdu de sa superbe. Il devient très vite un empire oublié, la Saudade est née.

 

Les balances de la Mouraria

Une autre vision de Lisbonne...

Une autre vision de Lisbonne…

Coup de coeur #1 Monlisbonne.com

Le dernier des Mohicans.

Avec sa poigne de fer, Fernando Xavier vous serre la main comme si c’était la dernière fois. A 90 ans, il tient toujours dans la Mouraria son atelier de balances contre vents et marées. Il y a un siècle, son père avait fondé “Santinho & Costa”, une petite loja de balances du côté de la rua do Benformoso. Si aujourd’hui la rue est un patchwork du Monde avec ses retornados, ses couleurs et ses épices, Fernando se souvient lui d’une époque révolue. “Il y avait un maréchal-ferrant, les charrettes encombraient la rue. C’est pour ça qu’on appelait la rue Benformoso, la rue “Boi formoso”. Puis les charrettes ont disparu. Mon petit frère, aujourd’hui décédé, et moi-même, on a ensuite connu l’arrivée de la voiture, puis du métro.”

Bienvenue chez Santinho & Costa !

Bienvenue chez Santinho & Costa !

Le musée “Santinho & Costa”.

L’atelier est sombre, l’ombre dévoile à peine les silhouettes des centaines de balances. Pourquoi diable à 90 ans Fernando Xavier vient ouvrir tous les matins sa boutique ? “Je vis des réparations”. Discute-t-il avec les fantômes du passé, son père, son jeune frère ? Que révèle cette obstination à garder ce sanctuaire de balances ? Il en parle avec passion, en lui les souvenirs s’éveillent. La saudade. Je vois ses yeux pétiller, chaque mot dicté est un sacerdoce. Trône au centre de la pièce ce pèse-personne, jadis installé dans la gare du Rossio. Sur une étagère, cette balance là servait à peser l’or. Il me montre enfin cette balance de la marque “Leunam”, que sa famille a créé. Avec un sourire malicieux, il me révèle qu’ils ont inversé le nom “Manuel” en l’honneur du roi. Cette remarque est touchante car on sent que Leunam le rend fier. Saude da familia Xavier !

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Le pèse-personne de la gare du Rossio

Pater Noster & Ave Maria.

Je ne suis pas au bout de mes surprises. L’atelier semble plus profond qu’il n’y parait. Fernando nous demande de le suivre. Dans un coin de mur, il ouvre soudainement une trappe. Derrière, à même la roche, coule une source pure. Des azulejos marquent la sanctification des lieux : “P N A V”. Cette source sacrée vient du Castelo, elle est là depuis des siècles. La famille de Fernando la garde depuis toujours, derrière une montagne de balances et de pèse-personnes. Serait-ce le secret le mieux gardé de la Mouraria ?

Fernando Xavier et sa source sacrée.

Fernando Xavier et sa source sacrée.

Les lojas portugaises, un patrimoine en danger.

Fernando Xavier est l’un des derniers ici à garder une boutique séculaire. Après lui, les balances, Leunam et ses souvenirs se dissiperont. La loja “Santinho & Costa” fait partie de la mémoire collective des Lisboètes. Protégeons-la ! Avant de le quitter, Fernando m’offre une relique du passé : une pièce d’escudo. Tout un symbole.

Eloge à la femme portugaise

Une autre vision de Lisbonne...

Une autre vision de Lisbonne…

Histoire de Lisbonne #1 Monlisbonne.com

La Portugaise de bonne famille, une princesse des mille et une nuits…

Les Portugaises ont fasciné les écrivains. Depuis des siècles, les témoins du passé nous ont laissé une perception élogieuse de la Lisboète. Ces gentilshommes se languissaient à l’idée de les rencontrer, mais ils restaient étonnés par les us et coutumes. Les femmes de Lisbonne restaient enfermées dans les palais, se laissaient admirer depuis les balcons. Pour les approcher, les garçons leurs donnaient rendez-vous à la messe, griffonnant un petit mot doux subtilement transmis entre deux bancs d’églises et deux Ave Maria.

Il fallait se faire inviter par les grands du Royaume pour admirer ces dames d’un exotisme incroyable. Elles avaient une démarche voluptueuse qui les rendaient attrayantes; assises sur leurs talons, elles préféraient les tapis d’orient aux dorures rococo des canapés. Cette allure mauresque était une réminiscence du passé berbère de Lisbonne, dont l’héritage s’est diffusé dans la langue et dans les traditions.

Cette idée que le Portugal est un pays de machos est à nuancer. Les Portugais vouaient un culte à la Femme ! En 1777, le Français Pierre Dezoteux notait ainsi qu’un homme pouvait se mettre à genoux devant l’épouse d’un fidalgo pour complimenter la Dame ou tout simplement l’écouter lui donner des ordres.

Maria I, reine du Portugal (1777)

Maria I, reine du Portugal (1777)

La Portugaise du peuple, un brasier vif où se déchaîne les passions.

L’anglais Richard Twiss fut l’un des premiers touristes de Lisbonne. Fils d’aristocrate, il fit son “grand tour” en 1773. Pour lui, les Portugaises étaient “les femmes les plus vives au monde, passant leur temps à rire, chanter, danser et discuter avec passion”.  A cette époque, on imagine les rues sombres d’un Lisbonne en ruines, ravivées par un feu populaire d’où part un air brésilien. Il flotte pendant les soirées d’été, une ambiance indécente où le fofa, cette danse insouciante et suggestive, chavire le coeur des Hommes et suscite l’admiration des dames.

Aujourd’hui encore, le fado est l’héritier de ces femmes du peuple qui ont forgé l’identité d’un style, d’une manière de vivre, d’une transcendance par la musique. Elles vous fixaient avec leurs yeux noirs profonds tout en maniant la guitare et de leur voix douce et agréable, elles attiraient les ouvriers dans les gargotes, le jour de paie.

La fadiste Fernanda Maria (Retratos de Fado, Rua de Capelão, oeuvre de Camilla Watson)

La fadiste Fernanda Maria (Retratos de Fado, Rua de Capelão, oeuvre de Camilla Watson)

La Portugaise oubliée : la varina.

On la voit sur les pochettes d’A vida Portuguesa, on l’écoute dans le fado intemporel de Carlos do CarmoLisboa menina e moça…mais qui d’autre aujourd’hui rend hommage à la varina ? Parée de bijoux, cette marchande de poisson avait la vie rude. Pendant que les hommes allaient sur l’océan, les varinas parcouraient les quais et les places pour vendre la pêche du matin. Elle chargeaient les poissons dans un panier plat qu’elles portaient sur leur tête avec grâce et avec poigne.

Parcourant les rues pieds nus, là où la calçada n’était point lisse, elles criaient d’une voix aiguë ô combien leur poisson était frais. Elles avaient toutes cet accoutrement : une jupe courte, un fichu de couleur sur la poitrine et un chapeau rond en feutre noir. Marginalisées, les varinas ne manquaient pas de caractère. De la grand-mère à la petite fille, elles étaient toutes dans la rue, ce métier était une affaire de famille ! Elles avaient un patois propre à elles et jamais les hommes n’avaient un mot à dire. Fortes en gueule, les varinas avaient du répondant et clouaient le bec aux remarques impertinentes. Chaque galanterie déplacée était ainsi récompensée par une gifle bien dosée. Cette brutalité était pour elles une vertue, leur métier n’avait rien de doux, il fallait se faire respecter.

Varina

Varina

Et la Portugaise d’aujourd’hui ?

Les Portugaises vivent toujours dans une société patriarcale… mais ce n’est qu’une façade. Depuis toujours, elles ont le dernier mot dans les décisions familiales. L’important c’est de ne pas convaincre les hommes, mais de leur faire croire que c’est eux qui sont à l’origine de la décision.

Il reste toujours ce problème des inégalités salariales mais il est doux de constater qu’aujourd’hui, la Portugaise est une femme libérée. Qu’elles s’appellent Márcia ou Andréa, elles sont les entrepreneures d’aujourd’hui !