Le 31 mai 2018, c’est la procession de Corpus Christi

Histoire de Lisbonne #3 Monlisbonne.com

Le jeudi qui suit la Pentecôte, 60 jours après Pâques, Lisbonne célèbre Corpus Christi, la Fête-Dieu en Français.

Instituée par le pape Français Urbain IV en 1264, la Solenidade do Santíssimo Corpo e Sangue de Cristo (Solennité du Saint-Sacrement du Sang et du Corps du Christ) ou Corpus Christi est un jour férié au Portugal. C’est la plus grande procession de la ville et sans doute ce fut la plus grandiose dans les temps anciensA Lisbonne, les fêtes catholiques sont célébrées avec ferveur mais cela va bien au delà de l’aspect religieux. Elles s’inscrivent dans les traditions séculaires des Lisboètes et sont étroitement liées à l’histoire de la ville. La procession de la Fête-Dieu connaît un fort engouement au XVe siècle et très vite c’était l’occasion pour les classes aisées, les différentes corporations, d’étaler leurs richesses et leur prestige. Ce fut une célébration ostentatoire.

Procession de Corpus Christi à Rossio (oeuvre de Jaime Martins Barata).


Procession de Corpus Christi au XVe siècle à Rossio (oeuvre de Jaime Martins Barata).

Une procession catholique, teintée de paganisme.

Au temps de Joao 1er, une place de choix était réservée à St Georges, jadis St Patron du Portugal. La victoire sur les Castillans était encore vive dans les esprits Portugais. Un «  Saint Guerrier » en armure était ainsi porté sur un cheval blanc. On l’appelait l’Homme de fer. Du fait de leur soutien sans faille au Roi, les corporations et le peuple de Lisbonne étaient mis en avant. Les guildes, partant étendards déployés depuis la Maison des 24, s’avançaient sur des chars richement décorés : un château, un dragon pour le char des cordonniers, un bateau pour les calfateurs. Certaines processions dévoilaient des diables, des sorcières, des bouffons…

Corpus Christi : Joao 1er sous le pallium (oeuvre de Jaime Martins Barata).

Corpus Christi : Joao 1er sous le pallium (oeuvre de Jaime Martins Barata).

Puis enfin arrivaient les confréries religieuses, portées par les cantiques de St Thomas d’Aquin. A coup de clairons, la musique était conduite entre autres par des Africains, qu’on appelait à l’époque les noirs de St Georges :

Cibávit eos ex ádipe fruménti, allelúia : et de petra, melle saturávit eos, allelúia, allelúia, allelúia. Ps. Exsultáte Deo, adiutóri nostro : iubiláte Deo Iacob.Glória Patri… Cibávit eos…

Le diplomate José da Cunha Brochado résume les festivités de Corpus Christi en ces termes : « Pour voir Lisbonne en une seule fois, j’ai regardé la procession de la Fête-Dieu ». Corpus Christi était une célébration ruineuse en son temps. En plus des coûts pour les chars et les costumes, les rues étaient richement décorées par la ville. On déposait des fleurs sur le sol et on couvrait la rue d’auvents. Les balcons étaient recouverts de tapisseries ornées d’or, d’étendards en soie.

O preto de Sao Jorge.

O preto de Sao Jorge.

Une procession au service du Roi.

Le 18e siècle à Lisbonne est marqué par l’avènement du règne de Joao V et du Baroque. Le roi absolu souhaite faire de la Fête-Dieu, une cérémonie de propagande pour son plus grand prestige. Il réorganise entièrement la procession, elle devient hiérarchisée, rigide, bien loin des Corpus Christi chaotiques des siècles passés. Les symboles païens sont proscrits, ainsi que les Africains et les femmes. Au temps de Joao V, Corpus Christi est solennel et somptueux. Le 12 mai 1717, le sécrétaire d’Etat Diogo de Mendonça Côrte-Real écrit au conseil municipal de Lisbonne :

« […] la procession ne doit pas avoir de génisses, de géants, de serpents, de dragons, de tapis d’herbe, de chars ou toute autre chose similaire qui représente une corporation. Pas de dances, ni de présence de maures qui accompagnent St- Georges. Le pallium ne doit pas être en laine, on doit utiliser un tissu plus riche ».

Ainsi, en remodelant Corpus-Christi, le Roi Joao V nous dévoile sa propre vision sur l’organisation de son pouvoir, celle d’un Etat s’appuyant sur l’Eglise toute puissante et sur sa Majesté.

Procession de Corpus Christi au temps de Joao V. 1587 santons réalisés par l’illustre Diamantino Tojal.

Procession de Corpus Christi au temps de Joao V. 1587 santons réalisés par l’illustre Diamantino Tojal.

Corpus Christi, aujourd’hui.

Si le grandiose n’est plus à l’ordre du jour à Lisbonne, Corpus Christi reste une fête religieuse très célébrée où les règles anciennes sont toujours respectées. Pour beaucoup de pays d’Europe, dont la France, cette vieille tradition a (presque) disparu. Reste aujourd’hui pour les plus curieux cette possibilité d’assister à la procession séculaire de Lisbonne ce jeudi 31 juin 2018. Vous trouverez ci-dessous l’affiche officielle :

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Hommage à Carlos de Lisbonne

“O Fim”

Carlos de Lisbonne ou la perte du plus grand talent du Bairro Alto…

Sa vie remplie vient de se terminer. Nul ne saura le remplacer.

Carlos de Lisbonne

Carlos de Lisbonne, l’unique photo prise par monlisbonne.com dans son atelier de Bairro Alto Faïences et collections diverses offrent un décor unique…

Carlos, dans une rue discrète du Bairro Alto qu’il animait de ses passions n’était jamais au repos. Un homme aux deux visages, collectionneur et restaurateur de faïences.

Le collectionneur indomptable

Lors de nos visites guidées, il peut nous arriver de tomber sur des clients avides d’extraordinaire. Carlos était alors notre botte secrète. Il était à la fois avenant et cultivé. Savant et qualifié, il était capable d’épater les plus vifs explorateurs et les aventuriers mais aussi les enfants les plus durs à dompter.

Carlos, qui se réfugiait derrière la porte numéro 20 de la rua da Vinha nous a quitté. Notre hommage ne sera même pas une miette de ce qu’il a su nous donner.

Collectionneur de beau et de mémoires, il avait dans son bazar, des pièces très rares. D’un sceptre de Goering, aux uniformes militaires des chemises noires, de la jeunesse salazarienne, ou encore des guerres coloniales biens rangées dans son armoire, son goût pour l’histoire n’a jamais trahi une once de croyance. Plusieurs costumiers du cinéma ont fait appel à ses pièces uniques.

Les pièces uniques de Carlos

Les pièces uniques de Carlos

Le restaurateur orfèvre

Son hangar recelait aussi nombre d’objets incongrus : des postes de radio de toute beauté, des cartes géographiques bien conservées,  des vieux drapeaux ou encore des photos qui ne peuvent être oubliés.

Dans ce joyeux souk, on ne pouvait être qu’émerveillé et surtout interloqué par cet amas de faïences prêtes à être restaurées. C’était ça son réel métier. Elles s’entassaient et venaient du monde entier. Sur leur carte d’identité il ne fallait pas s’étonner de voir plusieurs siècles de traversées.

Spécialiste, il avait sur son atelier une palette colorée où il pouvait mélanger jusqu’à 10-12 couleurs pour atteindre le bleu escompté. ou ce qu’un profane voit blanc se révèle être pour lui la réelle complexité d’un mouchetage d’une multitude de pigments grisés noirâtres et cyan.

J’ai grâce à lui compris l’ampleur de la tâche de l’imitateur. Il doit savoir dompter des dizaines, des centaines de techniques brossées, des pleins et des déliés. Le fait de s’approprier les époques où l’épaisseur d’un carreau de faïence a autant d’importance que les matériaux ne peut lui faire défaut.  Étalé sur des siècles de pratique, son savoir se mesure par son humilité.

Son talent était unique. Son souhait était de le divulguer. Une crise cardiaque l’en a empêchée.

Si tu me lis Carlos, c’est qu’un de tes vieux amis traduit… Je te demande de transmettre ton savoir et ta passion à un minot patient. Tu m’as trop marqué pour que ton expérience parte en fumée.

Ensuite seulement, je te souhaite de bien te reposer. Jamais je ne t’ai vu performer cette activité. C’est pour ça que tu m’as marqué pour l’éternité.

Longue vie et bon vent.

Le 1er décembre, Restauração da Independência (Fête de la Restauration)

Une autre vision de Lisbonne…

Histoire de Lisbonne #2 Monlisbonne.com

Le 1er décembre 1640, Lisbonne fête la restauration de son indépendance.

En cette soirée d’automne, il navigue au clair de lune pour ne pas se faire repérer par la vigile espagnole. Passant par une porte dérobée, Afonso de Menezes descend les escaliers de la muraille fernandine pour atterrir dans le jardin du fidalgo Dom Antao de Almada. On y trouve un jardin fermé, parsemé d’orangers mûrs et dominé par deux grandes cheminées monumentales. Les torches sont allumées dans les allées, faisant virevolter les ombres des chats et des hommes agités. Ces nobles déchus se pressent dans la masure au fond de la cour. Il est temps de conclure 60 ans d’humiliation !

Ils sont 40 à s’interpeller les uns les autres, attisant les ardeurs et la motivation de chacun. Leur entreprise est à haut risque, c’est quitte ou double. Délaissés par une Angleterre en ébullition, ils ont reçu le soutien discret de Richelieu. Afonso prend la parole :

“ Depuis 60 ans, notre empire sacré a disparu, notre destinée s’est dissipée dans les eaux britanniques. Les Habsbourgs veulent détruire ce qui reste le plus important dans nos chairs et nos coeurs : être Portugais. Notre Lisbonne n’est plus qu’une ville de province castillane, où sont passées les promesses du roi Filipe 1er ? Nous avons perdu la moitié de notre royaume, nous avons versé notre sang pour l’occupant. Et aujourd’hui, ils veulent que nous allions combattre nos frères catalans ? Assez ! Assez ! ”

Les jardins du palais de Sao Domingos, l’actuel palais de l’Indépendance

Et les conjurés sortent du palais pour fomenter un coup d’état.

Le 1er décembre 1640, au petit matin, ces hommes en colère devenus frères d’armes, quittent le palais de Sao Domingos par la grande porte. Une douce lueur venant du castelo Sao Jorge berce les convictions, l’odeur de châtaigne grillée aiguise l’appétit de vengeance. Ils s’avancent dans les rues de Baixa, emportés par la foule que les jésuites d’Antonio Vieira exaltent à coup de Te deum. Ces lisboètes restent fidèles une nouvelle fois à leur vieille réputation héritée depuis Néron, celle d’un peuple très noble et très loyal. C’est un jour béni.

Depuis l’esplanade du Palais, les 40 conjurés se ruent dans les appartements royaux où jadis le grand Manuel observait son empire depuis le balcon. Ils attrapent la vice-reine Marguerite de Mantoue tout en cherchant le traître Miguel de Vasconcelos qui s’était soumis à Madrid. On le trouve planqué dans une armoire et pris d’une rage folle, on le tue sur le champ sans aucune autre forme de procès. Son corps est jeté par le balcon, puis piétiné par une foule plus que enthousiaste.

Les conjurés fêtant leur victoire après le décès de Miguel de Vasconcelos.

Lisbonne renoue ses liens avec la grande Histoire mais l’empire est révolu.

On acclame les conjurés ! Un nouveau souffle d’espoir envahit les rues de Lisbonne, la cité reprend ses titres et ses lettres de noblesse. L’évêque Rodrigo da Cunha organise une grande cérémonie dans la Sé pour rendre grâce à Dieu. Le 5e empire renaît de ses cendres ! Si on évoque un temps l’avènement d’une République, Sébastien s’est réveillé de son long sommeil. Annoncé par tous comme étant le digne hériter des Avis, le nouveau maître du royaume arrive le 6 décembre et est joyeusement honoré par la foule. Il s’appelle Jean et il est duc de Bragance. Il accepte la lourde charge qui lui est dûe, les poètes vont dès lors narrer une nouvelle page de l’Histoire du Portugal.

Jean IV est proclamé roi du Portugal sur l’esplanade du palais, l’actuelle place du Commerce.

Les clameurs du peuple retentissent bien au delà du Tage. Ce qui reste de l’empire portugais revient à Jean IV. Seules les cités portugaises du Maroc restent fidèles à la couronne d’Espagne. Si les bonnes nouvelles se sont accumulées en ce mois de décembre 1640, le Portugal a pourtant perdu de sa superbe. Il devient très vite un empire oublié, la Saudade est née.

 

Les balances de la Mouraria

Une autre vision de Lisbonne...

Une autre vision de Lisbonne…

Coup de coeur #1 Monlisbonne.com

Le dernier des Mohicans.

Avec sa poigne de fer, Fernando Xavier vous serre la main comme si c’était la dernière fois. A 90 ans, il tient toujours dans la Mouraria son atelier de balances contre vents et marées. Il y a un siècle, son père avait fondé “Santinho & Costa”, une petite loja de balances du côté de la rua do Benformoso. Si aujourd’hui la rue est un patchwork du Monde avec ses retornados, ses couleurs et ses épices, Fernando se souvient lui d’une époque révolue. “Il y avait un maréchal-ferrant, les charrettes encombraient la rue. C’est pour ça qu’on appelait la rue Benformoso, la rue “Boi formoso”. Puis les charrettes ont disparu. Mon petit frère, aujourd’hui décédé, et moi-même, on a ensuite connu l’arrivée de la voiture, puis du métro.”

Bienvenue chez Santinho & Costa !

Bienvenue chez Santinho & Costa !

Le musée “Santinho & Costa”.

L’atelier est sombre, l’ombre dévoile à peine les silhouettes des centaines de balances. Pourquoi diable à 90 ans Fernando Xavier vient ouvrir tous les matins sa boutique ? “Je vis des réparations”. Discute-t-il avec les fantômes du passé, son père, son jeune frère ? Que révèle cette obstination à garder ce sanctuaire de balances ? Il en parle avec passion, en lui les souvenirs s’éveillent. La saudade. Je vois ses yeux pétiller, chaque mot dicté est un sacerdoce. Trône au centre de la pièce ce pèse-personne, jadis installé dans la gare du Rossio. Sur une étagère, cette balance là servait à peser l’or. Il me montre enfin cette balance de la marque “Leunam”, que sa famille a créé. Avec un sourire malicieux, il me révèle qu’ils ont inversé le nom “Manuel” en l’honneur du roi. Cette remarque est touchante car on sent que Leunam le rend fier. Saude da familia Xavier !

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Le pèse-personne de la gare du Rossio

Pater Noster & Ave Maria.

Je ne suis pas au bout de mes surprises. L’atelier semble plus profond qu’il n’y parait. Fernando nous demande de le suivre. Dans un coin de mur, il ouvre soudainement une trappe. Derrière, à même la roche, coule une source pure. Des azulejos marquent la sanctification des lieux : “P N A V”. Cette source sacrée vient du Castelo, elle est là depuis des siècles. La famille de Fernando la garde depuis toujours, derrière une montagne de balances et de pèse-personnes. Serait-ce le secret le mieux gardé de la Mouraria ?

Fernando Xavier et sa source sacrée.

Fernando Xavier et sa source sacrée.

Les lojas portugaises, un patrimoine en danger.

Fernando Xavier est l’un des derniers ici à garder une boutique séculaire. Après lui, les balances, Leunam et ses souvenirs se dissiperont. La loja “Santinho & Costa” fait partie de la mémoire collective des Lisboètes. Protégeons-la ! Avant de le quitter, Fernando m’offre une relique du passé : une pièce d’escudo. Tout un symbole.

Eloge à la femme portugaise

Une autre vision de Lisbonne...

Une autre vision de Lisbonne…

Histoire de Lisbonne #1 Monlisbonne.com

La Portugaise de bonne famille, une princesse des mille et une nuits…

Les Portugaises ont fasciné les écrivains. Depuis des siècles, les témoins du passé nous ont laissé une perception élogieuse de la Lisboète. Ces gentilshommes se languissaient à l’idée de les rencontrer, mais ils restaient étonnés par les us et coutumes. Les femmes de Lisbonne restaient enfermées dans les palais, se laissaient admirer depuis les balcons. Pour les approcher, les garçons leurs donnaient rendez-vous à la messe, griffonnant un petit mot doux subtilement transmis entre deux bancs d’églises et deux Ave Maria.

Il fallait se faire inviter par les grands du Royaume pour admirer ces dames d’un exotisme incroyable. Elles avaient une démarche voluptueuse qui les rendaient attrayantes; assises sur leurs talons, elles préféraient les tapis d’orient aux dorures rococo des canapés. Cette allure mauresque était une réminiscence du passé berbère de Lisbonne, dont l’héritage s’est diffusé dans la langue et dans les traditions.

Cette idée que le Portugal est un pays de machos est à nuancer. Les Portugais vouaient un culte à la Femme ! En 1777, le Français Pierre Dezoteux notait ainsi qu’un homme pouvait se mettre à genoux devant l’épouse d’un fidalgo pour complimenter la Dame ou tout simplement l’écouter lui donner des ordres.

Maria I, reine du Portugal (1777)

Maria I, reine du Portugal (1777)

La Portugaise du peuple, un brasier vif où se déchaîne les passions.

L’anglais Richard Twiss fut l’un des premiers touristes de Lisbonne. Fils d’aristocrate, il fit son “grand tour” en 1773. Pour lui, les Portugaises étaient “les femmes les plus vives au monde, passant leur temps à rire, chanter, danser et discuter avec passion”.  A cette époque, on imagine les rues sombres d’un Lisbonne en ruines, ravivées par un feu populaire d’où part un air brésilien. Il flotte pendant les soirées d’été, une ambiance indécente où le fofa, cette danse insouciante et suggestive, chavire le coeur des Hommes et suscite l’admiration des dames.

Aujourd’hui encore, le fado est l’héritier de ces femmes du peuple qui ont forgé l’identité d’un style, d’une manière de vivre, d’une transcendance par la musique. Elles vous fixaient avec leurs yeux noirs profonds tout en maniant la guitare et de leur voix douce et agréable, elles attiraient les ouvriers dans les gargotes, le jour de paie.

La fadiste Fernanda Maria (Retratos de Fado, Rua de Capelão, oeuvre de Camilla Watson)

La fadiste Fernanda Maria (Retratos de Fado, Rua de Capelão, oeuvre de Camilla Watson)

La Portugaise oubliée : la varina.

On la voit sur les pochettes d’A vida Portuguesa, on l’écoute dans le fado intemporel de Carlos do CarmoLisboa menina e moça…mais qui d’autre aujourd’hui rend hommage à la varina ? Parée de bijoux, cette marchande de poisson avait la vie rude. Pendant que les hommes allaient sur l’océan, les varinas parcouraient les quais et les places pour vendre la pêche du matin. Elle chargeaient les poissons dans un panier plat qu’elles portaient sur leur tête avec grâce et avec poigne.

Parcourant les rues pieds nus, là où la calçada n’était point lisse, elles criaient d’une voix aiguë ô combien leur poisson était frais. Elles avaient toutes cet accoutrement : une jupe courte, un fichu de couleur sur la poitrine et un chapeau rond en feutre noir. Marginalisées, les varinas ne manquaient pas de caractère. De la grand-mère à la petite fille, elles étaient toutes dans la rue, ce métier était une affaire de famille ! Elles avaient un patois propre à elles et jamais les hommes n’avaient un mot à dire. Fortes en gueule, les varinas avaient du répondant et clouaient le bec aux remarques impertinentes. Chaque galanterie déplacée était ainsi récompensée par une gifle bien dosée. Cette brutalité était pour elles une vertue, leur métier n’avait rien de doux, il fallait se faire respecter.

Varina

Varina

Et la Portugaise d’aujourd’hui ?

Les Portugaises vivent toujours dans une société patriarcale… mais ce n’est qu’une façade. Depuis toujours, elles ont le dernier mot dans les décisions familiales. L’important c’est de ne pas convaincre les hommes, mais de leur faire croire que c’est eux qui sont à l’origine de la décision.

Il reste toujours ce problème des inégalités salariales mais il est doux de constater qu’aujourd’hui, la Portugaise est une femme libérée. Qu’elles s’appellent Márcia ou Andréa, elles sont les entrepreneures d’aujourd’hui !