Les bières artisanales à Lisbonne

L’Histoire des Bières artisanales à Lisbonne.

Avant de parler des bières artisanales à Lisbonne, une présentation succincte des reines de la capitale s’impose.

La bière au Portugal, une affaire d’Etat !

Super Bock, partenaire du lien social portugais

Il n’y a pas d’heure pour savourer une Super Bock entre amis

En débarquant à Lisbonne, on voit très vite un antagonisme flagrant. La rivalité intrinsèque entre deux marques de bière, la Sagres (surnommée la bière de Lisbonne car brassée à proximité) et bien sûr la Super Bock (crée à Porto). Au firmament de la compétition entre ces deux « capitales », une guerre commerciale s’opère dans les bars et les tascas de Lisbonne, même Heineken a du mal à s’imposer (je le  comprends, les bières portugaises ont une saveur supérieure et donc c’est pour cette raison qu’Heineken et Carlsberg ont racheté respectivement Sagres et Superbock).

Si vous quittez l’aéroport en prenant le métro, vous ne pouvez manquer l’énorme publicité de Sagres qui occupe tout le fronton d’un tunnel : « How do you say i want a beer in portuguese? – Uma Sagres por favor. » Le ton est donné. En témoigne cette concurrence, les deux principaux sponsors des clubs rivaux Sporting et Benfica…Mais vous vous dites sans doute que sur le plan de la saveur, Sagres et Super Bock, c’est le même combat, ça reste de la bière en pression..

Les micro-brasseries révolutionnent notre perception de la bière !

Cervejaria Trindade, la plus ancienne brasserie du Portugal.

Cervejaria Trindade, la plus ancienne brasserie du Portugal.

Cette lassitude de bière lager commence à se faire sentir dans les modes de consommation en Europe et aux Etats-Unis, dont le secteur est dominé par de grands groupes industriels.

Dans les années 80, des micro-brasseries se développent un peu partout et notamment au Royaume-Uni d’où le terme provient. Suivant la tradition brassicole de Belgique, des bières artisanales naissent, avec des recettes originales, osées et liées au terroir (ex : Brouwerij’t ij, Curtius, Bières de Ré). Des bières identitaires privilégiant des fermentations jadis délaissées ou inconnues du grand public (IPA notamment). Si les micro-brasseries sont apparues très vite dans les capitales européennes comme à Amsterdam, Lisbonne ne connaît sa révolution « houblonesque » que depuis 2015. Une apparition liée à un contexte favorable de reprise économique et de boom touristique.

C’est un retour aux sources inédit car les micro-brasseries existaient au siècle passé, en témoignent ces restaurants appelés “cervejarias” et qui furent de vraies brasseries en leur temps avant que leurs bières soient supplantées par Sagres et Superbock.

L’apparition des micro-brasseries à Lisbonne.

Fin 2013, les premiers pionniers à Lisbonne s’appellent Dois Corvos, en français “Deux Corbeaux” (nom symbolique typiquement lisboète qui s’inscrit dans la logique de bière locale). Avant d’être des entrepreneurs, les fondateurs Susana Cascais et Scott Stevens sont avant tout des passionnés de la bière. Bière de saison, triple fermentation, Ale, Stout, bière expérimentale, les bières Dois Corvos sont avant tout des créations originales. Basée dans le quartier -longtemps déshérité- de Marvila, la brasserie ouvre fin 2015 la première “tap room” du Portugal proposant une variété de 12 bières en pression (dont les célèbres Finisterra, Into the woods,…). Adresse : R. Cap. Leitão 94, 1950 Lisboa.

Cette nouvelle aventure va inspirer de nombreux artisans brasseurs en herbe ! Année après année, ils gagnent en expérience et les bières en saveur. Parmi ces microbrasseries, nous pouvons citer :

  • LX Beer (2014) : cette microbrasserie a l’ambition d´être LA bière artisanale de Lisbonne au même titre que pourrait l´être Brouwerij’t IJ pour Amsterdam. A déguster dans le quartier d’Arroios ! Adresse : n5, R. Funchal, 1000-154 Lisboa.
  • 8a Colina (2015) : brassée sur la colline de Graça, au coeur des vilas ouvrières, la brasserie met en scène sur ses bouteilles stylisées par l’artiste Gonçalo Mar des personnages atypiques (tout comme leurs bières !) qui ont fait la vie du quartier. Adresse : Tv. Pereira 16A, 1170-387 Lisboa. Pour la goûter : Kiosque de Largo da Graça, en face du restaurant « O Satellite » (ouvert seulement par beau temps).
  • Cerveja Musa (2016) : Voisine de la brasserie “Dois Corvos”, la brasserie Musa ne va pas par quatre chemins pour définir sa philosophie : révolutionner le monde de la bière ! Avec des collaborations avec d’autres microbrasseries comme Letra (PT), Musa sort régulièrement de nouvelles bières. Leurs succulents nectars peuvent être goûtés presque dans le tout pays et nous vous invitons à les déguster dans leur tap room de Marvila. Le week-end, il y a des concerts live et des sets de dj. Que demande le peuple ? Adresse : Rua do Açúcar 83, 1950-006 Lisboa.
    Tap Room de Musa. Les noms des bières sont comme leurs saveurs : uniques !

    Tap Room de Musa. Les noms de leurs bières artisanales sont comme leurs saveurs : uniques !

  • Cerveja Lince (2016) : c’est l’histoire de 2 amis/collègues de chez Vodafone qui se passionnent à brasser leurs propres bières dans un garage jusqu’à ce qu’ils se lancent dans la production professionnelle, aidés par un troisième compère qui leur propose de baptiser leur bière Lince, c’est à dire Lynx. Sensibilisée par l’extinction du lynx ibérique, la microbrasserie Lince, basée également à Marvila, est partenaire d’un programme de préservation de la LPN. Ainsi en dégustant une bière Lince, vous contribuerez à sa protection. Adresse : rua do Açúcar 76, 1950-001 Lisboa.

    António Carriço et Pedro Vieira, très fiers de leurs bébés « Lince »

  • Quimera Brewpub (2016) : brasserie atypique située dans un ancien tunnel menant au palacio das Necessidades et qui servait de passage pour les chevaux au 18e siècle. Aujourd´hui vous pouvez déguster des bières brassées sur place mais également aux alentours. Adresse : rua Prior do Crato 6, Lisboa, 1350-261 Lisboa.
  • A.M.O (2017) : cette microbrasserie se veut communautaire et son développement se base sur le partage d’idées, d’histoires et de compétences pour pouvoir produire une bière d’exception et à son image. Chaque vendredi soir, les amoureux de la bière se rencontrent dans la brasserie qui se transforme en social club. L’occasion de goûter à des bières traditionnelles, à de succulentes tapas et surtout de passer un superbe moment. Adresse : Rua Bernardim Ribeiro 53, Lisboa
    Margaret Orlowski, l’alchimiste des bières AMO

    Margaret Orlowski, l’alchimiste des bières Artisanales AMO

  • Carapau D’Corrida (2017) : bière brassée avec la collaboration de Pato Brewing et Cerveja Oeste. Vous pouvez la goûter dans le restaurant qui porte le même nom, du côté du parlement.
  • Gallas Beer (2018) : la dernière microbrasserie. Plus d’informations ultérieurement.

Lisbonne n’ayant pas le monopole des microbrasseries, vous pourrez découvrir et déguster à travers le pays :

Dans la région de Lisbonne : Pato Brewing à Cascais, Cerveja Trevo à Costa da Caparica (plage et bière, parfaite combinaison !), Mean Sardine à Ericeira, Cerveja Bolina à Azambuja, Piratas Cervejeiros à Amadora, Cerveja Oeste à Sobral de Monte Agraço. Ailleurs : Cerveja Barona dans le parc naturel Serra de Sao Mamede, Letra dans la région du Minho.

Vous avez découvert une bière artisanale brassée au Portugal et elle n’est pas dans cette liste ? Faites-le nous savoir 🙂

Cerveja Oeste, une bière étonnante brassée par Pedro Poejo

Cerveja Oeste, une bière étonnante brassée par Pedro Poejo

 Où est-ce que l’on peut goûter à une bière artisanale de Lisbonne dans le centre-ville ?

La plupart des cafés réputés de Lisbonne ont à l’heure actuelle une sélection de quelques bières artisanales Lisboètes. Cependant certains établissements se sont spécialisés dans la promotion des bières d’export. Parmi eux, nous retrouvons :

  • Cinéma monumental de Saldanha, Edifício Monumental, Av. Praia da Vitória, 72
  • Trobadores, Rua de São Julião, nº27, 1100-524 Lisboa
  • Cerveteca, Praça das Flores 62, 1200-192 Lisboa
  • Lisbeer, Beco do Arco Escuro 1, 1100-016 Lisboa
  • Duque, Calçada do Duque 51, 1200-156 Lisboa
  • Crafty Corner, Tv. Corpo Santo 15, 1200-091 Lisboa
Crafty Corner, le dernier bar à bières de Lisbonne sur Cais do Sodre

Crafty Corner, le dernier bar à bières artisanales à Lisbonne sur Cais do Sodre. On y diffuse les matchs de rugby et de foot bien sûr !

Les différents formats des bières portugaises :

Une pinte au Portugal est appelée « Caneca »

Une pinte au Portugal est appelée « Caneca »

Mini : petite bouteille de 20cl produite par Sagres et Super Bock. Ne devrait pas vous coûter plus d’1 € normalement. La mini est très appréciée par les ouvriers portugais lorsqu’ils cherchent à se désaltérer pendant le boulot.

Imperial : bière de pression de 20cl-30cl, toute marque confondue. Dans le nord, on utilisera le terme de fino. Pour une bière en bouteille, demandez une garrafa. Une imperial ne devrait pas vous coûter plus de 1,50 € dans les bars classiques et jusqu’à 50 centimes dans les tascas.

Caneca : bière de pression de 40cl/50cl, soit une pinte. Pendant les beaux jours, à moins que vous soyez un grand buveur, nous ne vous conseillons pas de prendre la bière en pinte car elle va chauffer très vite. Une caneca ne devrait pas vous coûter plus de 3 € dans les bars classiques.

Cet article vous a plu ? Venez découvrir les bières artisanales de Lisbonne en ma compagnie.

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Carnaval à Lisbonne

Le carnaval à Lisbonne, un bal masqué au rythme de la samba.

Le 13 février 2018, on fête le carnaval au Portugal. Et cela tombe bien, les plus grandes festivités sont à Lisbonne !

L’origine du carnaval, tradition portugaise qui remonte à l’antiquité.

Parade au carnaval de Loures. © carnaval de Loures

Parade au carnaval de Loures. © carnaval de Loures

Carnaval, ce sont les fêtes de réjouissance, jadis on y mangeait gras avant de manger « maigre » pendant 40 jours. Cela précède la période de carême (la quarantaine). Dans les anciens temps, les Hommes considéraient que la nouvelle année commençait en mars et non en janvier. C’était le renouveau, le réveil de la Nature. Au Portugal, on appelait cette fête « Entrudo »(du latin introitu, entrer dans), c’est à dire les prémices avant le Carême. Les croyances depuis la nuit des temps estimaient que le chaos devait précéder le nouvel an. On comprend mieux dès lors la folie des festivités, le port de masques qui créent la confusion, l’affranchissement de toute règle sociale, la négation du quotidien, ses contraintes et ses soucis.

De la samba à Sesimbra. © Ruiolavo-fotos.

De la samba à Sesimbra. © Ruiolavo-fotos.

Le désordre dans une société ordonnée. C’est ça le carnaval au Portugal. Officiellement, le 13 février n’est pas férié, mais toléré tel quel ! Et cela depuis les premiers rois du Portugal. Malgré les difficultés économiques, l’Etat portugais continue chaque année à tolérer un jour chômé (et quand bien diable le gouvernement serait contre, la population n’en a cure).

Où peut-on fêter le carnaval à Lisbonne ou dans ses alentours ?

Le roi du carnaval face à son peuple ! © carnaval de Torres vedras.

Le roi du carnaval face à son peuple ! © carnaval de Torres vedras.

Les festivités à Lisbonne : si les grandes parades sont en dehors de Lisbonne, des collectifs organisent des festivités le soir du 12 février.  Cliquez ici pour connaître les principaux évènements sur Lisbonne.

Les principaux carnavals du Portugal et autour de Lisbonne :

Torres Vedras (09/02 – 14/02) : autoproclamé le « plus portugais des carnavals », le carnaval de Torres Vedras a su garder son identité locale alors que beaucoup d’autres sont de plus en plus influencés par la culture brésilienne. Ici, on retrouve des bouffons, des chars grandioses et les matrafonas, ces hommes déguisés en femme. Bref un vrai carnaval qui dépasse les barrières sociales.

Loures (10/02 – 14/02) : Crée en 1934, Loures est devenu en quelques décennies l’un des plus grands festivals du Portugal. 150 000 personnes sont encore attendues cette année. 1200 figurants et 15 chars promettent un défilé coloré et joyeux.

Sesimbra (28/01 – 17/02) : c’est celui qui se rapproche le plus de son lointain cousin, celui de Rio de Janeiro, avec ses nombreuses écoles de samba qui défilent dans la rue.

Pour être au courant sur les toutes festivités de février, consultez ici notre page facebook. Dans la rubrique évènements, nous avons répertorié les principaux carnavals de la région de Lisbonne.

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Le 1er décembre, Restauração da Independência (Fête de la Restauration)

Une autre vision de Lisbonne…

Histoire de Lisbonne #2 Monlisbonne.com

Le 1er décembre 1640, Lisbonne fête la restauration de son indépendance.

En cette soirée d’automne, il navigue au clair de lune pour ne pas se faire repérer par la vigile espagnole. Passant par une porte dérobée, Afonso de Menezes descend les escaliers de la muraille fernandine pour atterrir dans le jardin du fidalgo Dom Antao de Almada. On y trouve un jardin fermé, parsemé d’orangers mûrs et dominé par deux grandes cheminées monumentales. Les torches sont allumées dans les allées, faisant virevolter les ombres des chats et des hommes agités. Ces nobles déchus se pressent dans la masure au fond de la cour. Il est temps de conclure 60 ans d’humiliation !

Ils sont 40 à s’interpeller les uns les autres, attisant les ardeurs et la motivation de chacun. Leur entreprise est à haut risque, c’est quitte ou double. Délaissés par une Angleterre en ébullition, ils ont reçu le soutien discret de Richelieu. Afonso prend la parole :

“ Depuis 60 ans, notre empire sacré a disparu, notre destinée s’est dissipée dans les eaux britanniques. Les Habsbourgs veulent détruire ce qui reste le plus important dans nos chairs et nos coeurs : être Portugais. Notre Lisbonne n’est plus qu’une ville de province castillane, où sont passées les promesses du roi Filipe 1er ? Nous avons perdu la moitié de notre royaume, nous avons versé notre sang pour l’occupant. Et aujourd’hui, ils veulent que nous allions combattre nos frères catalans ? Assez ! Assez ! ”

Les jardins du palais de Sao Domingos, l’actuel palais de l’Indépendance

Et les conjurés sortent du palais pour fomenter un coup d’état.

Le 1er décembre 1640, au petit matin, ces hommes en colère devenus frères d’armes, quittent le palais de Sao Domingos par la grande porte. Une douce lueur venant du castelo Sao Jorge berce les convictions, l’odeur de châtaigne grillée aiguise l’appétit de vengeance. Ils s’avancent dans les rues de Baixa, emportés par la foule que les jésuites d’Antonio Vieira exaltent à coup de Te deum. Ces lisboètes restent fidèles une nouvelle fois à leur vieille réputation héritée depuis Néron, celle d’un peuple très noble et très loyal. C’est un jour béni.

Depuis l’esplanade du Palais, les 40 conjurés se ruent dans les appartements royaux où jadis le grand Manuel observait son empire depuis le balcon. Ils attrapent la vice-reine Marguerite de Mantoue tout en cherchant le traître Miguel de Vasconcelos qui s’était soumis à Madrid. On le trouve planqué dans une armoire et pris d’une rage folle, on le tue sur le champ sans aucune autre forme de procès. Son corps est jeté par le balcon, puis piétiné par une foule plus que enthousiaste.

Les conjurés fêtant leur victoire après le décès de Miguel de Vasconcelos.

Lisbonne renoue ses liens avec la grande Histoire mais l’empire est révolu.

On acclame les conjurés ! Un nouveau souffle d’espoir envahit les rues de Lisbonne, la cité reprend ses titres et ses lettres de noblesse. L’évêque Rodrigo da Cunha organise une grande cérémonie dans la Sé pour rendre grâce à Dieu. Le 5e empire renaît de ses cendres ! Si on évoque un temps l’avènement d’une République, Sébastien s’est réveillé de son long sommeil. Annoncé par tous comme étant le digne hériter des Avis, le nouveau maître du royaume arrive le 6 décembre et est joyeusement honoré par la foule. Il s’appelle Jean et il est duc de Bragance. Il accepte la lourde charge qui lui est dûe, les poètes vont dès lors narrer une nouvelle page de l’Histoire du Portugal.

Jean IV est proclamé roi du Portugal sur l’esplanade du palais, l’actuelle place du Commerce.

Les clameurs du peuple retentissent bien au delà du Tage. Ce qui reste de l’empire portugais revient à Jean IV. Seules les cités portugaises du Maroc restent fidèles à la couronne d’Espagne. Si les bonnes nouvelles se sont accumulées en ce mois de décembre 1640, le Portugal a pourtant perdu de sa superbe. Il devient très vite un empire oublié, la Saudade est née.

 

Les balances de la Mouraria

Une autre vision de Lisbonne...

Une autre vision de Lisbonne…

Coup de coeur #1 Monlisbonne.com

Le dernier des Mohicans.

Avec sa poigne de fer, Fernando Xavier vous serre la main comme si c’était la dernière fois. A 90 ans, il tient toujours dans la Mouraria son atelier de balances contre vents et marées. Il y a un siècle, son père avait fondé “Santinho & Costa”, une petite loja de balances du côté de la rua do Benformoso. Si aujourd’hui la rue est un patchwork du Monde avec ses retornados, ses couleurs et ses épices, Fernando se souvient lui d’une époque révolue. “Il y avait un maréchal-ferrant, les charrettes encombraient la rue. C’est pour ça qu’on appelait la rue Benformoso, la rue “Boi formoso”. Puis les charrettes ont disparu. Mon petit frère, aujourd’hui décédé, et moi-même, on a ensuite connu l’arrivée de la voiture, puis du métro.”

Bienvenue chez Santinho & Costa !

Bienvenue chez Santinho & Costa !

Le musée “Santinho & Costa”.

L’atelier est sombre, l’ombre dévoile à peine les silhouettes des centaines de balances. Pourquoi diable à 90 ans Fernando Xavier vient ouvrir tous les matins sa boutique ? “Je vis des réparations”. Discute-t-il avec les fantômes du passé, son père, son jeune frère ? Que révèle cette obstination à garder ce sanctuaire de balances ? Il en parle avec passion, en lui les souvenirs s’éveillent. La saudade. Je vois ses yeux pétiller, chaque mot dicté est un sacerdoce. Trône au centre de la pièce ce pèse-personne, jadis installé dans la gare du Rossio. Sur une étagère, cette balance là servait à peser l’or. Il me montre enfin cette balance de la marque “Leunam”, que sa famille a créé. Avec un sourire malicieux, il me révèle qu’ils ont inversé le nom “Manuel” en l’honneur du roi. Cette remarque est touchante car on sent que Leunam le rend fier. Saude da familia Xavier !

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Le pèse-personne de la gare du Rossio

Pater Noster & Ave Maria.

Je ne suis pas au bout de mes surprises. L’atelier semble plus profond qu’il n’y parait. Fernando nous demande de le suivre. Dans un coin de mur, il ouvre soudainement une trappe. Derrière, à même la roche, coule une source pure. Des azulejos marquent la sanctification des lieux : “P N A V”. Cette source sacrée vient du Castelo, elle est là depuis des siècles. La famille de Fernando la garde depuis toujours, derrière une montagne de balances et de pèse-personnes. Serait-ce le secret le mieux gardé de la Mouraria ?

Fernando Xavier et sa source sacrée.

Fernando Xavier et sa source sacrée.

Les lojas portugaises, un patrimoine en danger.

Fernando Xavier est l’un des derniers ici à garder une boutique séculaire. Après lui, les balances, Leunam et ses souvenirs se dissiperont. La loja “Santinho & Costa” fait partie de la mémoire collective des Lisboètes. Protégeons-la ! Avant de le quitter, Fernando m’offre une relique du passé : une pièce d’escudo. Tout un symbole.

Eloge à la femme portugaise

Une autre vision de Lisbonne...

Une autre vision de Lisbonne…

Histoire de Lisbonne #1 Monlisbonne.com

La Portugaise de bonne famille, une princesse des mille et une nuits…

Les Portugaises ont fasciné les écrivains. Depuis des siècles, les témoins du passé nous ont laissé une perception élogieuse de la Lisboète. Ces gentilshommes se languissaient à l’idée de les rencontrer, mais ils restaient étonnés par les us et coutumes. Les femmes de Lisbonne restaient enfermées dans les palais, se laissaient admirer depuis les balcons. Pour les approcher, les garçons leurs donnaient rendez-vous à la messe, griffonnant un petit mot doux subtilement transmis entre deux bancs d’églises et deux Ave Maria.

Il fallait se faire inviter par les grands du Royaume pour admirer ces dames d’un exotisme incroyable. Elles avaient une démarche voluptueuse qui les rendaient attrayantes; assises sur leurs talons, elles préféraient les tapis d’orient aux dorures rococo des canapés. Cette allure mauresque était une réminiscence du passé berbère de Lisbonne, dont l’héritage s’est diffusé dans la langue et dans les traditions.

Cette idée que le Portugal est un pays de machos est à nuancer. Les Portugais vouaient un culte à la Femme ! En 1777, le Français Pierre Dezoteux notait ainsi qu’un homme pouvait se mettre à genoux devant l’épouse d’un fidalgo pour complimenter la Dame ou tout simplement l’écouter lui donner des ordres.

Maria I, reine du Portugal (1777)

Maria I, reine du Portugal (1777)

La Portugaise du peuple, un brasier vif où se déchaîne les passions.

L’anglais Richard Twiss fut l’un des premiers touristes de Lisbonne. Fils d’aristocrate, il fit son “grand tour” en 1773. Pour lui, les Portugaises étaient “les femmes les plus vives au monde, passant leur temps à rire, chanter, danser et discuter avec passion”.  A cette époque, on imagine les rues sombres d’un Lisbonne en ruines, ravivées par un feu populaire d’où part un air brésilien. Il flotte pendant les soirées d’été, une ambiance indécente où le fofa, cette danse insouciante et suggestive, chavire le coeur des Hommes et suscite l’admiration des dames.

Aujourd’hui encore, le fado est l’héritier de ces femmes du peuple qui ont forgé l’identité d’un style, d’une manière de vivre, d’une transcendance par la musique. Elles vous fixaient avec leurs yeux noirs profonds tout en maniant la guitare et de leur voix douce et agréable, elles attiraient les ouvriers dans les gargotes, le jour de paie.

La fadiste Fernanda Maria (Retratos de Fado, Rua de Capelão, oeuvre de Camilla Watson)

La fadiste Fernanda Maria (Retratos de Fado, Rua de Capelão, oeuvre de Camilla Watson)

La Portugaise oubliée : la varina.

On la voit sur les pochettes d’A vida Portuguesa, on l’écoute dans le fado intemporel de Carlos do CarmoLisboa menina e moça…mais qui d’autre aujourd’hui rend hommage à la varina ? Parée de bijoux, cette marchande de poisson avait la vie rude. Pendant que les hommes allaient sur l’océan, les varinas parcouraient les quais et les places pour vendre la pêche du matin. Elle chargeaient les poissons dans un panier plat qu’elles portaient sur leur tête avec grâce et avec poigne.

Parcourant les rues pieds nus, là où la calçada n’était point lisse, elles criaient d’une voix aiguë ô combien leur poisson était frais. Elles avaient toutes cet accoutrement : une jupe courte, un fichu de couleur sur la poitrine et un chapeau rond en feutre noir. Marginalisées, les varinas ne manquaient pas de caractère. De la grand-mère à la petite fille, elles étaient toutes dans la rue, ce métier était une affaire de famille ! Elles avaient un patois propre à elles et jamais les hommes n’avaient un mot à dire. Fortes en gueule, les varinas avaient du répondant et clouaient le bec aux remarques impertinentes. Chaque galanterie déplacée était ainsi récompensée par une gifle bien dosée. Cette brutalité était pour elles une vertue, leur métier n’avait rien de doux, il fallait se faire respecter.

Varina

Varina

Et la Portugaise d’aujourd’hui ?

Les Portugaises vivent toujours dans une société patriarcale… mais ce n’est qu’une façade. Depuis toujours, elles ont le dernier mot dans les décisions familiales. L’important c’est de ne pas convaincre les hommes, mais de leur faire croire que c’est eux qui sont à l’origine de la décision.

Il reste toujours ce problème des inégalités salariales mais il est doux de constater qu’aujourd’hui, la Portugaise est une femme libérée. Qu’elles s’appellent Márcia ou Andréa, elles sont les entrepreneures d’aujourd’hui !